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Comportement suicidaire

Par

Paula J. Clayton

, MD, University of Minnesota School of Medicine

Dernière révision totale oct. 2019| Dernière modification du contenu oct. 2019
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Ressources du sujet

Le comportement suicidaire comprend le suicide effectif et la tentative de suicide. Réfléchir, envisager ou prévoir un suicide constituent des idéations suicidaires.

  • Suicide accompli: un acte suicidaire qui entraîne la mort.

  • Tentative de suicide: un acte qui n'entraîne pas le décès, dirigé vers soi-même, potentiellement délétère ayant pour objectif le décès mais qui peut ou non entraîner des blessures

  • L'automutilation non suicidaire: un acte auto-infligé qui provoque des douleurs ou des lésions superficielles mais qui n'a pas pour but de causer la mort

Épidémiologie

Les statistiques sur les comportements suicidaires sont fondées principalement sur les certificats de décès et les rapports d'enquêtes et sous-estiment l'incidence réelle. Afin d'obtenir des informations plus fiables, aux États-Unis, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) a créé le National Violent Death Reporting System (NVDRS); un système de reporting d'État qui recueille des informations sur chaque incident violent à partir de diverses sources pour une meilleure compréhension des causes de morts violentes (homicides et suicides). Le NVDRS (National Violent Death Reporting System) est actuellement en place dans les 50 États, le District de Columbia et Porto Rico.

Le suicide se classe au 10e rang des causes de décès aux États-Unis, avec un taux de 14,6/100 000 et 47 000 suicides réussis en 2017. Aux États-Unis, 129 personnes meurent par suicide chaque jour. Le taux varie considérablement selon les États. Il est le plus élevé dans les communautés amérindiennes et autochtones d'Alaska. En tant que cause de décès, il se classe comme suit:

  • 2e chez les 10-34 ans

  • 4e chez les 35-54 ans

  • 8e chez les 55-64 ans

Le groupe d'âge présentant le taux de suicide le plus élevé est actuellement celui des sujets âgés de 45 à 64 ans, suite à une hausse importante. La raison pour laquelle ce taux a augmenté est inconnue; cependant, les éléments suivants peuvent avoir contribué à cette augmentation:

  • Il y a des années, lorsqu'ils étaient adolescents, les taux de dépression parmi les sujets de ce groupe étaient plus élevés que dans les groupes plus âgés et les chercheurs ont prédit que le taux de suicide augmenterait avec l'âge.

  • Ce taux comprend l'augmentation du nombre de suicides dans l'armée et chez les anciens combattants (20% des suicides sont dans ce groupe).

  • Ce taux peut refléter une augmentation de l'abus de médicaments avec et sans ordonnance et une réponse à des difficultés économiques.

Le deuxième taux le plus élevé de suicide est chez les sujets de ≥ 85 ans.

Dans les années 1990, les taux de suicide chez les jeunes ont diminué après plus d'une décennie d'augmentation constante, pour ensuite réaugmenter avec une augmentation alarmante des suicides par arme à feu.

Dans toutes les classes d'âge, les décès des hommes par suicide sont plus nombreux que ceux des femmes, avec un ratio de 3,5 à 1. Les raisons ne sont pas connues, mais des explications possibles comprennent le fait que

  • Les hommes sont moins susceptibles de demander de l'aide quand ils sont angoissés.

  • Les hommes ont une prévalence plus élevée de l'abus d'alcool ou de toxicomanie, qui induisent des tendances suicidaires.

  • Les hommes sont plus agressifs et utilisent des solutions plus létales lors d'une tentative de suicide.

  • Le nombre de suicides chez les hommes inclut les suicides chez les militaires et les anciens combattants, population dans laquelle la proportion d'hommes est plus élevée.

Les hommes blancs représentent 7 suicides sur 10.

En 2016, > 1,3 millions de personnes ont fait une tentative de suicide. On compte près de 25 tentatives pour chaque décès par suicide. Beaucoup font des tentatives répétées. Seuls 5 à 10% des sujets qui tentent de se suicider finiront par y parvenir; cependant, chez les personnes âgées, 1 tentative de suicide sur 4 aboutit à un suicide effectif. Les femmes tentent de se suicider 2 à 3 fois plus souvent que les hommes; chez les filles âgées de 15 à 19 ans, il peut y avoir 100 tentatives pour une tentative des garçons du même âge.

Parmi les personnes qui se suicident, 1 sur 6 laisse une lettre relative à son suicide. Le contenu peut indiquer les raisons du suicide (dont les troubles mentaux).

Le suicide Copycat ou de contagion représente environ 10% des suicides. Les suicides de groupe sont extrêmement rares, de même que le sont les meurtres/suicides. Rarement, les sujets commettent un acte (p. ex., brandir une arme) qui force les agents de la force publique à les tuer, ce que l'on appelle suicide par la police.

Étiologie

Les comportements suicidaires résultent habituellement de l'interaction de plusieurs facteurs.

Le principal facteur de risque traitable du suicide est

La durée d'un épisode dépressif est le meilleur prédicteur du suicide. De plus, le suicide semble être plus fréquent lorsque l'anxiété sévère est associée à une dépression ou à un trouble bipolaire majeurs. Le risque de pensées suicidaires et de tentatives de suicide peut augmenter dans les groupes d'âge plus jeunes après le début des antidépresseurs (voir Traitement de la dépression et risque de suicide et Risque de suicide et antidépresseurs).

Les autres facteurs de risque de suicide comprennent :

  • La plupart des autres troubles mentaux graves

  • La consommation d'alcool, de drogues et d'analgésiques sur ordonnance

  • Les antécédents de tentative de suicide

  • Les affections somatiques graves, en particulier chez le sujet âgé

  • Les troubles de la personnalité

  • L'impulsivité

  • Le chômage et les difficultés économiques

  • Les expériences traumatiques pendant l'enfance

  • Les antécédents familiaux de suicide et/ou de troubles psychiatriques

La mort par suicide est plus fréquente chez les sujets atteints d'un trouble psychiatrique que chez les témoins de même âge et de même sexe.

Certains schizophrènes se suicident, du fait parfois d'une dépression, dont le risque est élevé chez eux. La méthode de suicide peut être étrange et violente. Les tentatives de suicide chez les sujets qui a été diagnostiquée une schizophrénie sont plus fréquentes qu'on ne le pensait.

L'alcool et les drogues peuvent augmenter la désinhibition et l'impulsivité et déprimer l'humeur, une association potentiellement mortelle. Entre 30% et 40% des personnes qui meurent par suicide ont consommé de l'alcool avant leur geste et environ la moitié d'entre elles présentent une intoxication alcoolique. Les jeunes hommes et femmes impulsifs sont particulièrement sensibles aux effets de l'alcool; chez eux, des niveaux modérés d'intoxication peuvent entraîner l'utilisation de méthodes de suicide plus létales (1). Cependant, les personnes atteintes d'un trouble d'alcoolisme sont plus à risque de suicide, même lorsqu'ils sont sobres.

Les affections somatiques graves, en particulier celles qui sont chroniques et douloureuses, jouent un rôle dans près de 20% des suicides des personnes âgées.

Les patients atteints de troubles de la personnalité sont à risque de suicide, en particulier en cas de personnalité immature, limite ou antisociale, car ces patients tolèrent mal les frustrations et réagissent impulsivement aux stress par de la violence et de l'agressivité.

Certains facteurs sociaux (p. ex., problèmes avec le partenaire sexuel, violence, arrestation récente, démêlés avec la justice) semblent être associés au suicide. Souvent, après ces événements, le suicide est le dernier recours pour ces sujets déjà en détresse.

Les expériences traumatiques vécues par les enfants, en particulier le stress dû à des abus sexuels ou physiques ou à une carence parentale, sont associées aux tentatives de suicide et peut-être aux suicides réussis.

Le suicide est un problème familial, des antécédents familiaux de suicide, de tentatives de suicide ou de troubles psychiatriques sont donc associés à un risque accru de suicide chez les personnes sensibles.

Référence étiologie

  • 1. Park CHK, Yoo SH, Lee J, et al: Impact of acute alcohol consumption on lethality of suicide methods. Compr Psychiatry 75:27–34, 2017. doi: 10.1016/j.comppsych.2017.02.012.

Méthodes

Le choix de la méthode de suicide est déterminé par de nombreux facteurs, dont des facteurs culturels, la disponibilité du moyen de suicide, ainsi que par le sérieux du projet suicidaire. Certains moyens (p. ex., sauts d'une hauteur conséquente) ne permettent pratiquement pas la survie, alors que d'autres (p. ex., ingestion de médicaments) permettent d'être secouru. Cependant, l'utilisation d'un moyen qui n'a pas abouti à une issue fatale n'implique pas nécessairement que l'intention n'était pas sérieuse.

Une méthode étrange laisse envisager une psychose sous-jacente.

Lors des tentatives de suicide, l'ingestion de médicaments est la méthode la plus couramment utilisée. Les tentatives de suicide par des moyens violents, tels que la pendaison ou les armes à feu, sont rares.

Près de 50% de suicides réussis aux États-Unis impliquent des armes à feu; les hommes utilisent cette méthode plus que les femmes. Les femmes utilisent plus l'empoisonnement que les hommes. D'autres méthodes typiques de suicide sont la pendaison, sauter d'un lieu élevé, la noyade et se couper.

Certains moyens, tels que la conduite sur une falaise, peuvent mettre les autres en danger.

Prise en charge

Un professionnel de la santé qui se rend compte qu'un patient pense au suicide doit, dans la plupart des juridictions, en informer un organisme préposé pour qu'il intervienne. Ne pas le faire peut entraîner des poursuites civiles et pénales. On ne doit pas laisser ces patients seuls avant qu'ils ne soient placés dans un environnement sûr. Ils doivent être transférés dans un environnement sécurisant (souvent un établissement psychiatrique) par des professionnels formés (p. ex., ambulance, police).

Tout acte suicidaire, qu'il s'agisse d'un geste suicidaire ou une tentative de suicide doit être pris au sérieux. Toute personne qui s'est gravement blessée doit être auscultée et traitée pour ses lésions physiques.

En cas de confirmation de surdosage d'un médicament potentiellement mortel, des mesures immédiates sont prises pour éviter l'absorption et favoriser l'excrétion, notamment administrer tout antidote et assurer un traitement de support (voir Empoisonnement).

L'évaluation initiale peut être effectuée par tout personnel médical formé à l'évaluation et à la prise en charge du comportement suicidaire. Cependant, ces patients ont besoin d'une évaluation psychiatrique aussitôt que possible. Une décision doit être prise afin de déterminer si la personne doit être hospitalisée et si la contrainte est nécessaire. Les patients présentant un trouble psychotique et certains de ceux qui ont une dépression sévère ou qui sont dans une situation de crise non résolue doivent être hospitalisés dans un service de psychiatrie. Les patients qui ont des manifestations de troubles médicaux potentiellement cause de confusion (p. ex., confusion, convulsions, fièvre) peuvent devoir être hospitalisés dans une unité médicale avec des précautions appropriées contre le suicide.

Après une tentative de suicide, le patient peut nier tout problème, car les dépressions sévères qui ont conduit à un geste suicidaire peuvent être suivies d'une courte période d'euphorie. Cependant, le risque d'un suicide ultérieur réussi est élevé, à moins que le trouble du patient ne soit traité.

L'évaluation psychiatrique identifie certains des problèmes qui ont contribué à la tentative et aide le médecin à planifier un traitement adapté. Elle consiste dans ce qui suit:

  • Établir un rapport et écouter le récit du patient

  • Comprendre la tentative de suicide, le contexte, des événements l'ayant précédée et les circonstances dans lesquelles elle s'est produite

  • Se renseigner sur les symptômes de troubles mentaux associés au suicide et sur les médicaments que le patient peut prendre pour le traitement de ces troubles.

  • Bilan complet de l'état mental du patient, avec une attention particulière portée à l'identification d'un état dépressif, d'une anxiété, d'une agitation, d'attaques de panique, d'une insomnie sévère ou d'une autre trouble psychiatrique et d'un abus de drogues ou d'alcool (nombre de ces problèmes exigent un traitement spécifique en plus de l'intervention symptomatique)

  • Comprendre précisément les relations personnelles et familiales ainsi que les réseaux sociaux, qui sont souvent liés aux tentatives de suicide et au suivi du traitement.

  • S'entretenir avec les membres de la famille et les amis proches

  • Interroger sur la présence d'une arme à feu au domicile (sauf en Floride, où une telle enquête est interdite par la loi)

Prise en charge de la santé mentale

La planification de la sécurité, la première étape après l'évaluation, est une intervention essentielle et doit aider les patients à identifier les déclencheurs de la planification suicidaire et élaborer des méthodes pour faire face aux pensées suicidaires lorsqu'elles surviennent (1, 2),

Références en gestion de la santé mentale

  • 1. Michel K, Valach L, Gysin-Maillart A: A novel therapy for people who attempt suicide and why we need new models of suicide. Int J Environ Res Public Health 14 (3), 2017. pii: E243. doi: 10.3390/ijerph14030243.

  • 2. Stanley B, Brown G: Safety planning intervention: A brief intervention to mitigate suicide risk. Cogn Behav Pract 19: 256-264, 2011.

Prévention

La prévention du suicide nécessite l'identification des personnes à risque (voir tableau Facteurs de risque et signes d'alarme du risque suicidaire) et initier des interventions appropriées.

Il existe un consensus selon lequel les patients hospitalisés après une tentative de suicide courent le plus grand risque de se suicider au cours des premiers jours ou des premières semaines après la sortie et le risque demeure élevé pendant les 6 à 12 mois suivant leur sortie. Après cela, le risque augmente et diminue mais il est toujours plus élevé que chez les sujets qui n'ont jamais été suicidaires.

Les causes de risque accru de suicide comprennent les suivantes:

  • L'humeur du patient peut prendre beaucoup de temps avant de s'améliorer.

  • Le patient peut ne pas se sentir suffisamment optimiste pour prendre les médicaments prescrits.

  • Le patient peut ne pas se sentir assez bien pour se rendre au rendez-vous de suivi prévu.

  • Une fois à la maison, le patient a l'impression que les problèmes de précipitation ne sont pas résolus.

Par conséquent, avant la sortie, le patient et les membres de la famille ou un ami proche doivent être informés du risque immédiat de mort par suicide et un rendez-vous de suivi doit être pris au cours de la première semaine après la sortie avant que le patient quitte l'hôpital. Un simple appel téléphonique ou deux après la sortie de l'hôpital a été démontré réduire considérablement la fréquence des répétition des tentatives. En outre, le patient, les membres de la famille ou les amis doivent être informés des noms, des doses et de la fréquence des doses des médicaments du patient.

Pendant les premières semaines après la sortie, la famille et les amis doivent s'assurer que

  • Le patient n'est pas laissé seul.

  • L'adhésion du patient au protocole médicamenteux prescrit est surveillée.

  • Le patient doit être interrogé quotidiennement sur son état d'esprit général, humeur, sommeil et énergie (p. ex., pour se lever, s'habiller et interagir avec l'entourage).

Les membres de la famille ou les amis du patient doivent accompagner le patient aux rendez-vous de suivi et informer le praticien des progrès du patient ou de leur absence. Ces interventions doivent être poursuivies pendant ≥ 2 mois après la sortie.

Tableau
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Facteurs de risque et signes d'alarme du risque suicidaire

Type

Facteurs spécifiques

Données démographiques

Homme

Âge 45–64

Situation sociale

Dates anniversaires importantes sur le plan personnel

Chômage ou difficultés financières, en particulier si elles ont provoqué une chute radicale du statut économique

Séparation récente, divorce ou veuvage

Arrestation récente ou démêlés avec la justice

Isolement social avec une attitude non empathique réelle ou imaginaire des parents ou des amis

Anamnèse des conduites suicidaires

Antécédents de tentative de suicide

Projets suicidaires détaillés actuels, mesures prises pour mettre ce plan à exécution (obtention d'une arme ou des comprimés), prise de précautions pour ne pas être découvert

Antécédents familiaux de suicide ou de trouble psychiatrique

Signes cliniques

Maladie dépressive, en particulier en début de maladie

Agitation motrice importante, incapacité à demeurer en repos et anxiété avec insomnie grave

Sentiments marqués de culpabilité, d'insuffisance et de désespoir; sensation d'être un poids pour les autres; d'auto-dévalorisation; idées délirantes de nihilisme

Conviction délirante ou quasi-délirante d'un trouble physique (p. ex., cancer, trouble cardiaque, maladie sexuellement transmissible) ou autres idées délirantes (p. ex., idées délirantes de pauvreté)

Hallucinations de commande

Personnalité impulsive, hostile

Trouble physique chronique, douloureux ou invalidant, en particulier chez un sujet auparavant en bonne santé

Prise de médicaments

Abus d'alcool ou de médicaments (dont l'abus de médicaments sur ordonnance), surtout en cas d'augmentation récente de l'utilisation

Usage de médicaments susceptibles d'induire comportement suicidaire (p. ex., arrêt brutal de la paroxétine et de certains autres antidépresseurs peut provoquer une augmentation de la dépression et de l'anxiété, qui augmente à son tour le risque suicidaire)

Bien que certaines tentatives de suicides ou certains suicides aboutis soient une surprise et un choc, même pour les proches, des messages d'alertes clairs peuvent avoir été donnés aux membres de la famille, aux amis ou au personnel médical. Les alertes sont souvent explicites, comme quand les patients discutent de projets suicidaires ou rédigent ou modifient soudainement leur testament. Cependant, les alertes peuvent être plus subtiles, comme dire n'avoir aucune raison de vivre ou qu'il vaudrait mieux être mort.

En moyenne, les médecins généralistes rencontrent 6 patients potentiellement suicidaires dans leur cabinet chaque année. Environ 77% des personnes qui meurent par suicide ont été vues par un médecin moins d'1 an avant leur geste et près de 32% ont été suivies par un psychiatre au cours de l'année précédant leur suicide.

Les troubles physiques sévères et douloureux, l'abus de substance et les troubles psychiatriques (en particulier la dépression) sont si souvent un facteur de risque suicidaire, que l'identification de ces facteurs et la mise en place d'un traitement approprié sont les contributions essentielles d'un médecin pour éviter le suicide.

Tout patient déprimé doit être questionné à propos d'idées suicidaires. La crainte qu'évoquer ce sujet puisse générer des idées d'autodestruction est sans fondement. Ces questions permettent au médecin d'obtenir des informations plus précises concernant la profondeur de la dépression, favorisent une discussion constructive et permettent de montrer que le médecin comprend l'importance du désespoir du patient.

Même en cas de menaces suicidaires imminentes (p. ex., une personne qui appelle et déclare être sur le point d'absorber une dose létale de médicaments ou menace de sauter d'un lieu élevé), le désir de vivre peut persister. Le médecin ou toute autre personne contactée par le patient doit s'efforcer de renforcer son désir de vivre.

L'aide d'urgence psychiatrique aux sujets suicidaires comprend les éléments suivants:

  • Établir une relation et une communication franches avec le patient

  • Se renseigner sur les soins psychiatriques et les médicaments, actuels et passés

  • Aider le patient à résoudre le problème qui a causé la crise

  • Offrir une aide constructive au problème, qui comprend un plan de sécurité écrit développé avec le patient

  • Débuter le traitement du trouble psychiatrique sous-jacent

  • Adresser de manière appropriée pour des soins de suivi dès que possible

  • Laisser sortir les patients à faible risque lorsqu'ils sont accompagnés d'un être cher ou d'un ami dévoué et compréhensif

  • Fournir à ces patients le numéro de téléphone de la Lifeline-1-800-273-TALK (8255) ou les liens vers le site Web Lifeline Crisis Chat, Crisis Text Line (texte HOME à 741741) ou l'American Foundation for Suicide Prevention

Traitement de la dépression et risque de suicide

L'association d'antidépresseurs et d'une psychothérapie à court terme éprouvée est le traitement idéal de la dépression.

Les sujets souffrant de dépression ont un risque important de suicide et doivent être soigneusement surveillés (comportements et idées suicidaires). Le risque de suicide est augmenté dans les premiers temps du traitement de la dépression, si le ralentissement psychomoteur et l'indécision sont améliorés, mais que la dépression est encore partiellement présente. Lorsque les antidépresseurs sont démarrés ou lorsque les doses sont augmentées, les patients peuvent présenter une agitation, de l'anxiété et une dépression croissante, qui peut augmenter le risque suicidaire.

Des avertissements récents de santé publique sur l'association possible entre l'utilisation des antidépresseurs (en particulier la paroxétine) et les pensées et les tentatives suicidaires chez l'enfant, l'adolescent et le jeune adulte ont conduit à une réduction significative (> 30%) des prescriptions d'antidépresseurs pour ces populations. Cependant, les taux de suicide des jeunes a augmenté de 14% pendant la même période. Ainsi, en dissuadant d'administrer un traitement médicamenteux pour la dépression, ces avertissements peuvent avoir donné lieu temporairement à plus de décès par suicide. Pris ensemble, ces signes suggèrent que la meilleure approche vise à encourager le traitement, mais avec des précautions appropriées telles que

  • Distribuer des antidépresseurs en quantités sublétales

  • Préférentiellement utiliser des antidépresseurs qui ne sont pas mortels en cas de surdosage

  • Permettre des consultations plus fréquentes au début du traitement

  • Avertir clairement les patients et les membres de la famille et d'autres personnes importantes et leur demander d'être vigilant en cas d'aggravation des symptômes ou des idées suicidaires

  • Informer les patients, les membres de la famille et d'autres personnes importantes afin qu'ils appellent immédiatement le médecin prescripteur ou recherchent des soins ailleurs si les symptômes persistent ou si des idées suicidaires surviennent

Plusieurs études ont montré que le lithium, administré avec des antidépresseurs et des antipsychotiques atypiques, réduit le nombre de décès par suicide chez les patients souffrant de dépression majeure ou de trouble bipolaire. Le lithium, même à faible dose, est très efficace en tant que médicament antisuicide contre la dépression récurrente. En outre, la clozapine réduit le risque de suicide chez les schizophrènes.

De nombreux nouveaux traitements sont à l'étude chez le patient dépressif et suicidaire, y compris des interventions psychologiques et des interventions médicales par l'éscétamine intranasale et des médicaments utilisés pour le traitement du sevrage de l'alcool et des opiacés. Il existe également des interventions scolaires et de santé publique. Un exemple en est le Sources of Strength suicide prevention program délivré par des adolescente leaders responsables au lycée (1). Des études montrent que la formation de volontaires pour la suicide lifeline (ligne de vie du suicide) permet de diriger ceux qui appellent et qui ont le plus besoin vers des soignants appropriés et peuvent sauver des vies (2).

La thérapie par électrochocs reste utilisée dans le traitement de la dépression sévère et de la dépression suicidaire.

Références pour le traitement de la dépression et du risque de suicide

  • 1. Wyman PA, Brown CH, LoMurray M, et al: An outcome evaluation of the Sources of Strength suicide prevention program delivered by adolescent peer leaders in high schools. Am J Public Health 100:1653-1661, 2010. doi: 10.2105/AJPH.2009.190025.

  • 2. Gould MS, Cross W, Pisani AR, et al: Impact of applied suicide intervention skills training (ASIST) on national suicide prevention lifeline counselor. Suicide Life Threat Behav 43:676-691, 2013. doi: 10.1111/sltb.12049

Conséquences du suicide

Tout geste suicidaire a un impact émotionnel marqué sur l'entourage. Le médecin, les membres de la famille ou les amis peuvent éprouver des sentiments de culpabilité, de honte, de remords ou de colère envers le défunt ou les autres pour n'avoir pas pu le prévenir. Le médecin peut apporter une aide précieuse aux membres de la famille et aux amis du défunt en se préoccupant de leur sentiment de culpabilité et de douleur.

Aide à mourir par le médecin

L'assistance fournie par un médecin pour mourir (précédemment nommée suicide assisté), correspond à l'assistance fournie par des médecins à une personne qui veut mettre un terme à sa vie. Elle est controversée mais légale dans 9 États des États-Unis (Californie, Colorado, Hawaii, Maine, Montana, New Jersey, Oregon, Vermont, Washington) et dans le District de Columbia; dans tous les États où l'assistance médicale à mourir est légale, il existe des lignes directrices pour les patients et les médecins, telles que des critères d'admissibilité et de déclaration (p. ex., le patient doit être mentalement compétent et avoir une maladie terminale avec une espérance de vie < 6 mois). L'euthanasie volontaire est légale aux Pays-Bas, en Belgique, en Colombie et au Luxembourg. Le suicide assisté est légal en Suisse, en Allemagne, au Japon et au Canada.

Le suicide assisté par un médecin (ou mort assistée) consiste à mettre à la disposition du patient des moyens létaux à utiliser à un moment choisi par le patient. Dans l'euthanasie active volontaire, le médecin joue un rôle actif dans l'exécution de la demande du patient; il implique habituellement l'administration intraveineuse d'une substance létale.

Malgré la disponibilité limitée de l'aide médicale à mourir, le patient qui souffre de maladies douloureuses, débilitantes et incurables peut s'en entretenir avec un médecin.

L'aide à mourir par le médecin peut poser des problèmes éthiques difficiles aux médecins.

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