Maladie rénale chronique

(Maladie rénale chronique, maladie rénale chronique)

ParAnna Malkina, MD, University of California, San Francisco
Reviewed ByNavin Jaipaul, MD, MHS, Loma Linda University School of Medicine
Vérifié/Révisé févr. 2025 | Modifié févr. 2026
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La maladie rénale chronique est une détérioration ancienne et progressive de la fonction rénale. Les symptômes se développent lentement et aux stades avancés comprennent une anorexie, des nausées, des vomissements, une stomatite, une dysgueusie, une nycturie, une asthénie, une fatigue, un prurit, une diminution de l'acuité mentale, des contractions et des crampes musculaires, une rétention d'eau, une dénutrition, des neuropathies périphériques et des convulsions. Le diagnostic repose sur des examens de laboratoire de la fonction rénale, parfois suivi d'une biopsie rénale. Le traitement est principalement dirigé contre la maladie initiale mais comprend une prise en charge des troubles liquidiens et électrolytiques, le contrôle de la pression artérielle, le traitement de l'anémie, divers types de dialyse et la transplantation rénale.

La prévalence de la maladie rénale chronique (définie comme le débit de filtration glomérulaire estimé [eGFR] < 60 mL/min/1,73 m2 ou le rapport urine-albumine sur créatinine [ACR] 30 mg/g) chez les adultes aux États-Unis de 2017 à mars 2020 a été estimée à 14,0% (1).

Référence générale

  1. 1. United States Renal Data System (USRDS): CKD in the general population. 2022 Annual Data Update. Accessed January 28, 2025.

Étiologie des maladies rénales chroniques

La maladie rénale chronique peut être la conséquence de toute altération suffisamment importante de la fonction rénale (voir tableau ).

Les causes les plus fréquentes aux États-Unis par ordre de prévalence sont

Le syndrome métabolique, dans lequel l'HTA et le diabète de type 2 sont présents, est une cause importante et croissante d'atteinte rénale.

Tableau
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Physiopathologie des maladies rénales chroniques

La maladie rénale chronique est initialement décrite comme une réserve rénale diminuée ou une insuffisance rénale pouvant aller jusqu'à l'insuffisance rénale (insuffisance rénale au stade terminal). Initialement, en même temps que le tissu rénal perd de sa fonction, il y a peu d'anomalies notables et le tissu restant accroît sa performance (adaptation fonctionnelle rénale).

L'insuffisance rénale diminue la capacité du rein à maintenir l'homéostasie liquidienne et électrolytique. La capacité à concentrer l'urine décline précocement et est suivie par une baisse de la capacité à excréter l'excès de phosphate, les ions acides et le potassium. Lorsqu'une insuffisance rénale est avancée (débit de filtration glomérulaire 15 mL/min/1,73 m2), la capacité à diluer ou à concentrer l'urine efficacement est perdue; ainsi l'osmolalité urinaire est habituellement fixée à environ 300 à 320 mOsm/kg, proche de celle du plasma (275 à 295 mOsm/kg) et le volume urinaire ne répond pas facilement aux variations d'apports hydriques.

Créatinine et urée

Les concentrations plasmatiques de la créatinine et de l'urée (qui sont hautement dépendantes du débit de filtration glomérulaire) commencent à augmenter de manière hyperbolique quand la filtration glomérulaire diminue. Ces modifications sont minimes à la phase initiale. Quand le débit de filtration glomérulaire devient inférieur à 15 mL/min/1,73 m2 (normale > 90 mL/min/1,73 m2), les taux de créatinine et d'urée sont élevés et sont habituellement associés à des manifestations systémiques (urémie). L'urée et la créatinine ne sont pas les principaux contributeurs des symptômes urémiques; elles sont des marqueurs pour de nombreuses autres substances (certaines non encore bien définies) qui causent les symptômes.

Sodium et eau

Malgré la diminution du débit de filtration glomérulaire, l'équilibre hydrosodé est bien conservé par l'augmentation de la fraction d'excrétion du sodium dans l'urine et une réponse normale à la sensation de soif. Ainsi, la concentration plasmatique de sodium est habituellement normale et l'hypervolémie n'est pas fréquente à moins que les apports de sodium alimentaire ou d'eau soient très réduits ou excessifs. L'insuffisance cardiaque peut provenir d'une surcharge en sodium et en eau, en particulier en cas de baisse de la réserve cardiaque.

Potassium

Pour les substances dont la sécrétion est contrôlée principalement par la sécrétion des néphrons distaux (p. ex., potassium), une adaptation rénale maintient habituellement la concentration plasmatique au niveau normal jusqu'à ce que l'insuffisance rénale soit avancée ou si l'apport en potassium alimentaire est excessif. Les diurétiques épargneurs du potassium, les inhibiteurs de l'ECA, les bêta-bloqueurs, les AINS, la cyclosporine, le tacrolimus, triméthoprime/sulfaméthoxazole (SMX-TMP, cotrimoxazole), pentamidine, ou les bloqueurs des récepteurs de l'angiotensine II peuvent augmenter la kaliémie chez les patients souffrant d'une insuffisance rénale moins avancée.

Calcium et phosphate

Des anomalies du calcium, du phosphate, de l'hormone parathyroïdienne (PTH), de la vitamine D métabolisme, ainsi qu'une ostéodystrophie rénale peuvent apparaître. La diminution de la production rénale du calcitriol (1,25(OH)2D, l'hormone active de la vitamine D) contribue à l'hypocalcémie. La réduction de l'excrétion rénale du phosphate résulte en une hyperphosphatémie. Une hyperparathyroïdie secondaire est fréquente et peut se développer en cas d'insuffisance rénale avant que des anomalies de la concentration du calcium ou du phosphate se manifestent. C'est pour cette raison qu'une surveillance de la PTH en cas de maladie rénale chronique modérée, avant même que l'hyperphosphatémie n'apparaisse, est recommandée.

L'ostéodystrophie rénale (minéralisation osseuse anormale due à une hyperparathyroïdie, à une carence en calcitriol, à des taux sériques élevés de phosphate, ou à une calcémie normale ou basse) prend habituellement la forme d'un turnover accéléré de l'os dû à la maladie hyperparathyroïdienne de l'os (ostéite fibreuse) mais peut aussi être due à un renouvellement osseux diminué dans le cadre d'une maladie osseuse adynamique (due à une suppression parathyroïdienne excessive) ou à une ostéomalacie. Une carence en calcitriol peut provoquer une ostéopénie ou une ostéomalacie.

pH et bicarbonate

Une acidose métabolique modérée (teneur en bicarbonate plasmatique de 15 à 20 mmol/L) est caractéristique. L'acidose provoque une atrophie musculaire due au catabolisme des protéines, une perte osseuse due au tamponnement des acides par l'os, et une progression accélérée de la maladie rénale.

Anémie

L'anémie est caractéristique de la maladie rénale chronique modérée à avancée ( stade 3). L'anémie de la maladie rénale chronique est normochrome normocytaire, associée à une hématocrite de 20 à 30% (35 à 40% en cas de polykystose rénale). Habituellement, elle est due à un déficit en production d'érythropoïétine entraîné par la réduction de la masse rénale fonctionnelle (voir Anémies causées par un trouble de l'érythropoïèse). D'autres causes comprennent les carences en fer, en folates et en vitamine B12.

Symptomatologie de la maladie rénale chronique

Le patient présentant une légère diminution de la réserve rénale est asymptomatique. Même un patient atteint d'une insuffisance rénale légère à modérée peut n'avoir aucun symptôme malgré une urée et une créatinine sériques élevées. Une nycturie est souvent présente, due principalement à une concentration urinaire insuffisante. Une fatigabilité, une asthénie, une anorexie et une baisse de l'activité mentale sont souvent les manifestations de l'insuffisance rénale les plus précoces.

En cas de maladie rénale plus grave (p. ex., débit de filtration glomérulaire estimé [eGFR] < 15 mL/min/1,73 m2), des symptômes neuromusculaires peuvent se manifester, et comprennent des contractions musculaires grossières, des neuropathies périphériques avec troubles moteurs et sensitifs, des crampes musculaires, une hyperéflexie, un syndrome des jambes sans repos et des convulsions (habituellement résultant d'une encéphalopathie hypertensive ou métabolique).

Les manifestations digestives anorexie, nausées, vomissements, perte de poids, stomatite et mauvais goût dans la bouche sont pratiquement constantes. La peau peut être de couleur jaune-brun et/ou sèche. Parfois, l'urée éliminée avec la sueur cristallise sur la peau et forme un givre urémique. Un prurit peut être particulièrement inconfortable. L'insuffisance rénale chronique s'accompagne d'un état de dénutrition aboutissant à une atrophie tissulaire généralisée.

À un stade plus avancé de la maladie rénale chronique, les péricardites ainsi que les ulcérations et les hémorragies digestives sont fréquentes. L'HTA est présente chez > 80% des patients qui ont une maladie rénale chronique avancée et est habituellement liée à l'hypervolémie. Une insuffisance cardiaque causée par une HTA ou une coronaropathie et une rétention rénale de sodium et d'eau peuvent provoquer des œdèmes déclives et/ou une dyspnée.

Diagnostic de la maladie rénale chronique

  • Débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) à l'aide de la créatinine, ou si la cystatine C est disponible, alors calcul du débit de filtration glomérulaire estimé basé sur la combinaison de la créatinine et de la cystatine C (1)

  • Ionogramme, urée, créatinine, phosphate, calcium, sériques et NFS

  • Analyse d'urine (dont l'examen du sédiment urinaire)

  • Dosage quantitatif des protéines urinaires (collecte de protéines dans l'urine sur 24 heures ou rapport entre la protéine urinaire et la créatinine)

  • Échographie

  • Parfois, biopsie rénale

La maladie rénale chronique est habituellement suspectée en premier lieu lorsque la créatininémie augmente. La première étape est de déterminer si l'insuffisance rénale est aiguë, chronique ou s'il s'agit d'une forme aiguë compliquant une maladie rénale chronique (c'est-à-dire, une maladie aiguë qui aggrave la fonction rénale chez un patient qui a une maladie rénale chronique, voir tableau ). La cause de l'insuffisance rénale est également déterminée. Parfois, déterminer la durée de l'insuffisance rénale permet de déterminer la cause; parfois il est plus facile de déterminer la cause que la durée et déterminer la cause permet de déterminer la durée.

Tableau
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L'étiologie de la lésion rénale aiguë et de la maladie rénale chronique est déterminée en fonction du contexte clinique, des antécédents personnels et familiaux, des facteurs sociaux et environnementaux, des médicaments (y compris en vente libre) et des suppléments, de l'examen physique et, éventuellement, des tests génétiques (1). Parfois, des tests sérologiques spécifiques supplémentaires sont nécessaires pour déterminer la cause. Dans la lésion rénale aiguë, la créatinine sérique augmente rapidement sur une période allant de quelques jours à quelques mois. Les résultats de l'analyse d'urine dépendent de la nature du trouble sous-jacent, mais des cylindres larges (> 3 diamètres de globules blancs) ou particulièrement cireux (très réfringents) prédominent souvent dans l'insuffisance rénale avancée quelle qu'en soit la cause.

Un examen échographique des reins est généralement utile pour évaluer l'uropathie obstructive et pour distinguer l'insuffisance rénale aiguë de la maladie rénale chronique en fonction de la taille des reins. Sauf dans certains cas (voir tableau ), les patients souffrant de maladie rénale chronique ont de petits reins rétrécis (habituellement < 10 cm de longueur) avec un cortex aminci hyperéchogène. Poser un diagnostic précis est de plus en plus difficile quand la fonction rénale approche des valeurs proches d'une phase terminale de néphropathie. La confirmation du diagnostic définitif est obtenue par la biopsie rénale, mais celle-ci n'est pas recommandée lorsque l'échographie montre des reins petits et fibrotiques; le risque élevé de la procédure l'emporte sur le faible rendement diagnostique.

Stades de la maladie rénale chronique

Évaluer le stade de la maladie rénale chronique est un moyen de déterminer sa sévérité. La maladie rénale chronique a été classée en 5 stades.

  • Stade 1: débit de filtration glomérulaire normal ( 90 mL/min/1,73 m2) accompagné soit d'une albuminurie persistante ou d'une néphropathie héréditaire connue, structurelle

  • Stade 2: débit de filtration glomérulaire de 60 à 89 mL/min/1,73 m2

  • Stade 3a: 45 à 59 mL/min/1,73 m2

  • Stade 3b: 30 à 44 mL/min/1,73 m2

  • Stade 4: débit de filtration glomérulaire de 15 à 29 mL/min/1,73 m2

  • Stade 5: débit de filtration glomérulaire < 15 mL/min/1,73 m2

Le débit de filtration glomérulaire (en mL/min/1,73 m2) de la maladie rénale chronique peut être estimé par la Chronic Kidney Disease Epidemiology Collaboration (CKD-EPI 2021) creatinine equation:

equation,

où?

  • Scr = créatinine sérique standardisée en mg/dL

  • κ = 0,7 (femmes) ou 0,9 (hommes)

  • α = -0,241 (femme) ou -0,302 (homme)

  • min(Scr/κ, 1) = minimum du Scr/κ ou 1,0

  • max(Scr/κ, 1) = maximum du Scr/κ ou 1,0

  • Âge (ans)

Contrairement aux versions précédentes, l'équation la plus récente n'est pas ajustée selon la race, de manière à réduire les inégalités raciales dans le diagnostic de maladie rénale chronique et donc dans le traitement. Comme alternative, le débit de filtration glomérulaire peut être estimé en utilisant une clairance temporisée (le plus souvent sur 24 heures) de la créatinine urinaire qui intègre la mesure de la créatinine sérique et urinaire; cette équation tend à surestimer le débit de filtration glomérulaire de 10 à 20%. Il est utilisé lorsque le bilan sérique de la créatinine peut ne pas être aussi précis (p. ex., chez les patients sédentaires, très obèses ou très minces). La cystatine C sérique est un autre marqueur endogène du débit de filtration glomérulaire utilisé comme test de confirmation chez les sujets présentant des facteurs non rénaux affectant le taux de créatinine sérique (p. ex., masse musculaire extrêmement élevée ou basse, apport de créatine exogène, amputations ou maladies neuromusculaires et régimes alimentaires à haute teneur protéique ou exclusivement d'origine végétale). Le débit de filtration glomérulaire est calculé en utilisant la CKD-EPI cystatin C equation.

La formule CKD-EPI 2021 est plus précise que la formule Modification of Diet in Renal Disease (MDRD) et la formule de Cockcroft-Gault, en particulier chez les patients qui ont un débit de filtration glomérulaire proche des valeurs normales. L'équation CKD-EPI (Chronic Kidney Disease Epidemiology Collaboration [CKD-EPI]) produit moins de résultats faussement positifs indiquant une maladie rénale chronique et prédit l'évolution mieux que les autres formules.

Calculateur clinique 

Référence pour le diagnostic

  1. 1. Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) CKD Work Group. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney Int. 2024;105(4S):S117-S314. doi:10.1016/j.kint.2023.10.018

Traitement de la maladie rénale chronique

  • Contrôle des troubles sous-jacents

  • Possible restriction des protéines, phosphates, et potassium alimentaires

  • Suppléments de vitamine D

  • Traitement de l'anémie

  • Traitement des comorbidités contributives (p. ex., insuffisance cardiaque, diabète sucré, néphrolithiase, hypertrophie de la prostate)

  • Doses de tous les médicaments ajustées selon les besoins

  • Traitement de l'acidose métabolique visant une concentration sérique de bicarbonate de > 18 mmol/L (> 18 mEq/L)

  • Dialyse en cas de diminution significative du débit de filtration glomérulaire si les symptômes et les signes ne sont pas correctement pris en charge par des interventions médicales

Les troubles sous-jacents et les facteurs contributifs doivent être contrôlés. En particulier, un contrôle de l'hyperglycémie en cas de néphropathie diabétique et un contrôle de l'HTA chez tous les patients ralentissent substantiellement la détérioration du débit de filtration glomérulaire.

Pour l'hypertension, l'objectif de pression artérielle systolique normalisée (mesure en cabinet) recommandée est de < 120 mmHg, si elle est tolérée. Cependant, des objectifs moins intensifs sont fixés pour les personnes fragiles, présentant un risque élevé de chutes et de fractures, une espérance de vie limitée ou une hypotension posturale symptomatique (1). Les inhibiteurs de l'ECA et les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II diminuent la vitesse de détérioration du débit de filtration glomérulaire en cas de maladie rénale chronique, notamment lorsqu'elle est accompagnée d'une protéinurie. Des preuves en nombre croissant suggèrent que, par rapport à l'un des deux médicaments utilisé seul, l'utilisation combinée d'inhibiteurs de l'ECA et d'antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II augmente l'incidence des complications et ne ralentit pas le déclin de la fonction rénale, même si l'utilisation combinée réduit la protéinurie (2). Les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2) retardent l'évolution de la maladie rénale chronique protéinurique chez les patients diabétiques ou non, bien que ces médicaments soient contre-indiqués chez les diabétiques de type 1 (3). Les patients qui ont un diabète sucré de type 2 et une maladie rénale chronique avec albuminurie malgré un inhibiteur de l'ECA/antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II et un SGLT2 peuvent bénéficier de l'ajout d'un antagoniste non stéroïdien des récepteurs des minéralocorticoïdes (ANSM) (p. ex., finérénone) tant que le débit de filtration glomérulaire estimé est > 25 et qu'il n'y a pas d'hyperkaliémie (1).

Il n'est pas nécessaire de réduire les activités, bien que la fatigabilité et l'asthénie limitent généralement les capacités physiques du patient.

Le prurit peut réagir à la restriction de phosphate alimentaire et aux chélateurs du phosphate si le phosphate sérique est élevé.

Nutrition

Une restriction protéique modérée (0,8 g/kg/jour) est recommandée chez les patients dont le débit de filtration glomérulaire estimé est < 60 mL/min/1,73 m2 sans syndrome néphrotique, en l'absence de fragilité, de sarcopénie ou de dérèglements métaboliques. Une restriction protéique sévère (0,3 à 0,4 g/kg/jour) pourrait être envisagée pour les patients motivés sous la supervision étroite d'un diététicien, afin de garantir un apport suffisant d'acides aminés essentiels. Nombre de symptômes urémiques diminuent notablement quand le catabolisme des protéines et la production de l'urée sont réduits. De plus, la progression de la maladie rénale chronique peut ralentir. Une quantité de glucides et de graisse suffisante est administrée afin de satisfaire les besoins et prévenir la cétose. Les patients pour lesquels un apport protéique de < 0,8 g/kg/jour a été prescrit doivent être étroitement suivis par un diététicien.

Viser un apport total en sodium alimentaire < 2 g/jour, en particulier pour les patients présentant une surcharge volumique, une pression artérielle élevée ou une insuffisance cardiaque.

Puisque les restrictions alimentaires peuvent réduire l'absorption en vitamines indispensables, le patient doit prendre des multivitamines contenants des vitamines hydrosolubles. L'administration des vitamines A ou E est inutile. Les vitamines D2 (ergocalciférol) ou D3 (cholécalciférol) ne sont pas administrées en routine, mais sont utilisées en fonction du taux sanguin de vitamine D 25-OH et de PTH.

La dyslipidémie doit également être traitée. Des modifications diététiques sont utiles dans le cadre de la prise en charge de l'hypertriglycéridémie. Les statines sont efficaces dans l'hypercholestérolémie. Les dérivés des fibrates (clofibrate, gemfibrozil) peuvent augmenter le risque de rhabdomyolyse en cas de maladie rénale chronique, en particulier s'ils sont associés aux statines, alors que l'ézétimibe (qui réduit l'absorption de cholestérol) semble relativement sûr. La correction de l'hypercholestérolémie vise à réduire le risque de maladie cardiovasculaire, qui est augmenté en cas de maladie rénale chronique (4).

Troubles minéraux et osseux

D'après les directives de pratique clinique KDIGO (Kidney Disease Improving Global Outcomes) 2024 mises à jour (1), il est recommandé de surveiller les taux sériques du calcium, du phosphate, de la PTH, de la vitamine D 25-OH et des phosphatases alcalines à partir du stade 3a de la maladie rénale chronique. La fréquence de la surveillance dépend de la gravité de la maladie rénale chronique, de l'importance des anomalies sus-mentionnées et de la fréquence des interventions thérapeutiques. La biopsie osseuse est le moyen le plus fiable permettant de déterminer le type d'ostéodystrophie rénale.

L'hyperphosphatémie doit être traité avec

  • Restriction du phosphate alimentaire

  • Chélateurs du phosphate

Une restriction de phosphates de 0,8 à 1 g/jour d'apport alimentaire est généralement suffisante pour normaliser le taux de phosphate sérique chez les patients dont le débit de filtration glomérulaire estimé est < 60 mL/min/1,73 m2. Des chélateurs des phosphates intestinaux supplémentaires (contenant du calcium [p. ex., l’acétate de calcium] ou n’en contenant pas [p. ex., le sévélamer]) peuvent être nécessaires pour un contrôle adéquat de l’hyperphosphatémie, qui a été associée à un risque cardiovasculaire accru. Les chélateurs qui ne contiennent pas de calcium sont préférés en cas d'hypercalcémie, de suspicion de maladie osseuse adynamique ou de signes de calcification vasculaire à l'imagerie. Si des chélateurs contenant du calcium sont prescrits, les prises médicamenteuses et alimentaires de calcium ne doivent pas dépasser 2000 mg/jour chez les patients dont le débit de filtration glomérulaire estimé est < 60 mL/min/1,73 m2.

La carence en vitamine D doit être traitée par du cholécalciférol (vitamine D3) ou de l'ergocalciférol (vitamine D2) afin d'obtenir un taux sérique de 25-OH vitamine D d'environ 30 à 50 ng/mL, tant qu'il n'y a pas d'hyperphosphatémie ou d'hypercalcémie.

Le taux optimal de PTH chez les patients atteints de néphropathie chronique au stade 3a à 5 et non en dialyse n'est pas connu. Cependant, si le taux de PTH augmente progressivement ou est très élevé (supérieur à 9 fois la limite supérieure de la normale pour le dosage), malgré le traitement de l'hyperphosphatémie et de la carence en vitamine D, il est recommandé de prescrire un analogue actif de la vitamine D (p. ex., le calcitriol) ou un calcimimétique (p. ex., le cinacalcet). Les taux de la PTH ne sont pas corrigés pour atteindre les concentrations normales car en procédant ainsi, on favorise l'apparition d'un os adynamique.

Liquides et électrolytes

Les apports hydriques ne sont limités que lorsque la natrémie est < 135 mmol/L (ou mEq/L) ou en cas d'insuffisance cardiaque et d'œdème sévères.

La restriction de sodium à < 2 g/jour est recommandée dans la maladie rénale chronique avec un débit de filtration glomérulaire estimé < 60 mL/m/1,73 m2 chez des patients qui souffrent d'hypertension, de surcharge volémique ou de protéinurie.

La restriction du potassium est individualisée en fonction du taux sérique, du débit de filtration glomérulaire estimé, des habitudes alimentaires et de l'utilisation de médicaments qui augmentent le taux de potassium (p. ex., ECA, antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II ou diurétiques épargneurs de potassium). Généralement, une restriction du potassium n'est pas nécessaire si le débit de filtration glomérulaire estimé est > 30 mL/min/1,73 m2. Le traitement de l'hyperkaliémie de légère à modérée (5,1 à 6 mmol/L ou mEq/L) consiste en une restriction alimentaire (dont l'évitement des substituts du sel), la correction de l'acidose métabolique et l'utilisation de diurétiques abaissant la kaliémie (p. ex., furosémide) et d'échangeurs de cations gastro-intestinaux (p. ex., patiromer). Une hyperkaliémie grave (> 6 mmol/L ou mEq/L) nécessite un traitement d'urgence.

L'acidose métabolique doit être traitée pour ramener le bicarbonate sérique à > 18 mmol/L afin d'inverser ou de ralentir l'atrophie musculaire, la perte osseuse, et l'évolution de la maladie rénale chronique. L'acidose peut être corrigée par des alcalins par voie orale tels que le bicarbonate de sodium ou un régime alcalin (principalement les fruits et légumes). Le bicarbonate de sodium 1 à 2 g par voie orale 2 fois/jour est administré progressivement jusqu'à une concentration en bicarbonate > 18 mmol/L ou jusqu'à ce qu'une surcharge en sodium interdise un traitement ultérieur. Si le régime «cendres-alcalines» est utilisé, le potassium sérique est contrôlé car les fruits et les légumes contiennent du potassium (5).

Anémie et troubles de la coagulation

L'anémie est une complication courante de la maladie rénale chronique modérée à avancée ( stade 3). Dans le cas des patients en dialyse péritonéale ou en hémodialyse dont l'hémoglobine est 9 à 10 g/dL, envisager un traitement par les agents stimulant l'érythropoïèse (ESA), tels que l'érythropoïétine humaine recombinante (p. ex., l'époétine alfa). Dans le cas des patients non dialysés, le traitement doit être individualisé en fonction des symptômes du patient et de l'équilibre bénéfice-risque (6). En raison du risque de complications cardiovasculaires, y compris d'accident vasculaire cérébral, de thrombose et de mort, la plus faible dose de ces agents nécessaire pour maintenir l'hémoglobine entre 10 et 11 g/dL est utilisée.

Du fait d'une utilisation excessive de fer liée à une érythropoïèse active, les réserves en fer doivent être remplacées, ce qui nécessite souvent du fer par voie parentérale. Les concentrations en fer, la capacité de fixation du fer et les concentrations de ferritine doivent être surveillées étroitement. L'objectif de saturation de la transferrine, calculé en divisant le fer sérique par la capacité totale de fixation du fer et en multipliant par 100%, doit être > 20%. La valeur cible de la ferritine chez les patients non dialysés est > 100 ng/mL. On ne doit pas entreprendre de transfusion à moins d'une anémie sévère ou symptomatique (hémoglobine < 8 g/dL) ou provoque des symptômes.

La tendance hémorragique dans la maladie rénale chronique nécessite rarement un traitement. Les cryoprécipités, les transfusions de globules rouges, la desmopressine 0,3 à 0,4 mcg/kg (20 mcg maximum) dans 20 mL d'une solution saline isotonique IV en 20 à 30 min, ou des œstrogènes conjugués 2,5 à 5 mg par voie orale 1 fois/jour peuvent être utiles en cas de besoin. Les effets de ces traitements durent de 12 à 48 heures à l'exception des œstrogènes, conjugués dont les effets peuvent durer plusieurs jours.

Insuffisance cardiaque

L'insuffisance cardiaque symptomatique est traitée par

Bien qu'il puisse être nécessaire de les administrer en grande quantité, les diurétiques de l'anse tels que le furosémide sont habituellement efficaces, même en cas de fonction rénale déjà très réduite. Si la fraction d'éjection ventriculaire gauche est réduite, les inhibiteurs de l'ECA (ou des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II) et les bêta-bloqueurs (carvédilol et métoprolol) doivent être employés. Les antagonistes des récepteurs de l'aldostérone (p. ex., spironolactone) et parfois des inhibiteurs du sodium-glucose cotransporteur-2 (SLGT2) sont recommandés aux stades avancés de l'insuffisance cardiaque. On peut introduire la digoxine, mais sa posologie doit être réduite en fonction du degré de fonction rénale.

Une HTA modérée ou sévère doit être traitée afin d'éviter ses effets nocifs sur la fonction cardiaque et rénale. Les patients qui ne répondent pas à une restriction sodée restriction alimentaire en sodium (1,5 g/jour) doivent recevoir un traitement diurétique. Les diurétiques de l'anse (p. ex., furosémide) peuvent être associés à des diurétiques thiazidiques (p. ex., chlorthalidone, hydrochlorothiazide, métolazone) si l'hypertension ou l'œdème ne sont pas contrôlés. Même en cas d'insuffisance rénale, l'association d'un thiazidique avec un diurétique de l'anse est puissante et doit être utilisée avec précaution afin d'éviter un excès de diurèse.

La dialyse peut parfois être nécessaire pour contrôler l'insuffisance cardiaque. Si la réduction du volume du liquide extra-cellulaire ne contrôle pas la PA, les antihypertenseurs conventionnels (inhibiteurs de l'ECA, antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II, bêta-bloqueurs) sont alors ajoutés au traitement. Une augmentation de l'urémie peut survenir avec un tel traitement et peut être nécessaire pour un contrôle adéquat de l'insuffisance cardiaque et/ou de l'hypertension.

Médicaments

L'excrétion rénale des médicaments est souvent altérée en cas d'insuffisance rénale. Parmi les médicaments d'utilisation courante, ceux nécessitant un ajustement de leur posologie sont les pénicillines, les céphalosporines, les aminosides, les fluoroquinolones, la vancomycine, la digoxine. L'hémodialyse réduit les concentrations sériques de certains médicaments, qui doivent alors être supplémentés. Il est fortement recommandé que les médecins consultent un ouvrage de référence sur la posologie des médicaments en cas d'insuffisance rénale avant de prescrire des médicaments à ces patients très vulnérables (7–9).

La plupart des experts recommandent d'éviter les AINS chez les patients atteints de maladie rénale chronique car ils peuvent aggraver la fonction rénale, l'hypertension et déclencher des troubles électrolytiques.

Certains médicaments doivent être complètement évités en cas de maladie rénale chronique avec un débit de filtration glomérulaire estimé < 60 mL/min/1,73m2. Il s'agit de la nitrofurantoïne et la phénazopyridine. L'agent de contraste IRM gadolinium a été associé au développement d'une fibrose systémique néphrogénique chez certains patients qui ont eu un débit de filtration glomérulaire estimé < 30 mL/min/1,73m2 dans le passé. Plus récemment, les agents de classe II du gadolinium sont considérés comme plus sûrs et préférés lorsque le gadolinium est indiqué chez les patients qui ont un débit de filtration glomérulaire estimé < 30 ou s'ils sont sous dialyse (9).

Dialyse

La dialyse est généralement initiée dès l'apparition de l'une ou l'autre des conditions suivantes:

  • Des symptômes urémiques (p. ex., anorexie, nausées, vomissements, perte de poids, péricardite, pleurésie)

  • Difficultés à contrôler la surcharge liquidienne, l'hyperkaliémie ou l'acidose avec des médicaments et des modifications du mode de vie

Ces problèmes se produisent généralement lorsque le débit de filtration glomérulaire estimé atteint 10 mL/min chez un patient non diabétique ou 15 mL/min chez un patient diabétique; les patients dont les valeurs estimées du débit de filtration glomérulaire sont proches de ces valeurs doivent être étroitement surveillés afin que cette symptomatologie soit reconnue tôt. La dialyse est optimale lorsqu'elle est anticipée, de telle sorte que les préparations peuvent être effectuées et que l'insertion d'un cathéter d'hémodialyse en urgence peut être évitée. Ces préparations commencent habituellement lorsque le patient est en début ou au milieu du stade 4 de la maladie rénale chronique; la préparation donne du temps pour l'éducation des patients, le choix du type de dialyse, et la création en temps opportun d'une fistule artério-veineuse ou la pose d'un cathéter de dialyse péritonéale. (Pour la préparation de dialyse, voir Hémodialyse.)

Pièges à éviter

  • Commencer la préparation à la dialyse, à la transplantation rénale ou aux soins palliatifs au début ou au milieu du stade 4 de la maladie rénale chronique pour avoir suffisamment de temps pour éduquer le patient et choisir les modalités de traitement, ainsi que les procédures préparatoires associées.

Transplantation

Si un donneur de rein vivant est disponible, on constate de meilleurs résultats à long terme lorsqu'un patient reçoit le rein transplanté rapidement, même avant le début de la dialyse. Le patient candidat à la transplantation mais sans donneurs vivants doit être placé sur la liste d'attente de leur centre régional de transplantation, car les délais d'attente peuvent dépasser plusieurs années dans de nombreuses régions des États-Unis.

Références pour le traitement

  1. 1. Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) CKD Work Group. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney Int. 2024;105(4S):S117-S314. doi:10.1016/j.kint.2023.10.018

  2. 2. Mann JF, Schmieder RE, McQueen M, et al. Renal outcomes with telmisartan, ramipril, or both, in people at high vascular risk (the ONTARGET study): a multicentre, randomised, double-blind, controlled trial. Lancet. 2008;372(9638):547-553. doi:10.1016/S0140-6736(08)61236-2

  3. 3. Perkovic V, Jardine MJ, Neal B, et al. Canagliflozin and renal outcomes in type 2 diabetes and nephropathy.  N Engl J Med. 380(24):2295-2306, 2019. doi: 10.1056/NEJMoa1811744

  4. 4. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Determining Drug Dosing in Adults with Chronic Kidney Disease. Accessed January 30, 2025.

  5. 5. Goraya N, Simoni J, Jo CH, Wesson DE. A comparison of treating metabolic acidosis in CKD stage 4 hypertensive kidney disease with fruits and vegetables or sodium bicarbonate. Clin J Am Soc Nephrol. 2013;8(3):371-381. doi:10.2215/CJN.02430312

  6. 6. Babitt JL, Berns JS, Bozkurt B, et al. Executive Summary of the KDIGO 2026 Clinical Practice Guideline for the Management of Anemia in Chronic Kidney Disease (CKD). Kidney Int. 2026;109(1):44-56. doi:10.1016/j.kint.2025.06.005

  7. 7. Munar MY, Singh HD. Drug dosing adjustments in patients with chronic kidney disease. Am Fam Physician. 75:1487-1496, 2007.

  8. 8. Matzke GR, Aronoff GR, Atkinson AJ, et al. Drug dosing consideration in patients with acute and chronic kidney disease—a clinical update from Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO). Kidney Int. 80:1122–1137, 2011. doi:10.1038/ki.2011.322

  9. 9. ACR Committee on Drugs and Contrast Media. ACR Manual on Contrast Media. American College of Radiology. 2021. ISBN: 978-1-55903-012-0. Accessed January 30, 2025.

Pronostic de la maladie rénale chronique

Le risque de progression de la maladie rénale chronique est corrélé dans la plupart des cas à l'importance de la protéinurie. (Voir the Kidney Failure Risk Equation.) Le patient qui présente une protéinurie néphrotique (> 3 g/24 heures ou un rapport protéine/créatinine urinaire > 3) présente habituellement un pronostic plus sombre et progresse vers l'insuffisance rénale terminale plus rapidement. La maladie peut survenir même si un trouble sous-jacent en cause n'est pas actif. Si la protéinurie est < 1,5 g/24 heures, l'évolution est habituellement beaucoup plus lente, voire inexistante. L'HTA, l'acidose et l'hyperparathyroïdie sont également associées à une progression plus rapide.

Points clés

  • Les causes courantes de maladie rénale chronique aux États-Unis sont la néphropathie diabétique (la plus fréquente), la néphroangiosclérose hypertensive, les glomérulopathies, et le syndrome métabolique.

  • Les effets des maladies rénales chroniques peuvent comprendre l'hypocalcémie, l'hyperphosphatémie, l'acidose métabolique, l'anémie, l'hyperparathyroïdie secondaire, et l'ostéodystrophie rénale.

  • Distinguer une maladie rénale chronique d'une lésion rénale aiguë sur la base de l'anamnèse, des signes cliniques, des examens de laboratoire de routine, et de l'échographie.

  • Contrôler les troubles sous-jacents (p. ex., le diabète) et les niveaux de pression artérielle (habituellement par un inhibiteur de l'ECA ou un antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II).

  • Traiter les patients qui ont une maladie rénale chronique protéinurique par un inhibiteur de l'ECA ou un antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II, plus un inhibiteur du SGLT2, et ensuite un antagoniste non stéroïdien des récepteurs des minéralocorticoïdes.

  • Administrer un supplément de vitamine D et/ou de bicarbonate de sodium et restreindre le potassium et les phosphates selon les besoins.

  • Traiter l'insuffisance cardiaque, l'anémie et d'autres complications.

  • Éduquer rapidement les patients en maladie rénale chronique avancée sur les options de traitement (dialyse, transplantation rénale ou soins palliatifs), afin de leur laisser le temps de planifier.

  • Initier la dialyse si le débit de filtration glomérulaire estimé est fortement diminué lorsque la symptomatologie est insuffisamment contrôlée par des médicaments et des modifications du mode de vie.

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