Les cardiomyopathies liées à la lamine A/C sont des troubles génétiques entraînant une cardiomyopathie dilatée, divers troubles du rythme, troubles de la conduction et un risque accru de mort subite. Le diagnostic repose sur l'ECG, l'imagerie cardiaque et les tests génétiques. Le traitement consiste habituellement en un !défibrillateur automatique implantable (DAI), un traitement médicamenteux antiarythmique et des mesures standards pour l'insuffisance cardiaque.
La lamine A et la lamine C sont des protéines structurelles filamenteuses du noyau cellulaire, codées par le gène LMNA. Les mutations de ce gène produisent un groupe d'affections appelées laminopathies (également appelées cardiolaminopathies ou cardiomyopathies LMNA) (voir aussi Généralités sur les cardiomyopathies arythmogènes). De nombreuses cardiolaminopathies provoquent une cardiomyopathie sévère, le plus souvent une cardiomyopathie dilatée, caractérisée par une progression rapide, des tachyarythmies auriculaires, des blocs auriculoventriculaires (voir Maladie progressive isolée du tissu de conduction cardiaque), des tachyarythmies ventriculaires et une mort subite (voir aussi Revue générale des troubles du rythme). Les cardiomyopathies liées à la lamine A/C représentent environ 5 à 10% des cardiomyopathies dilatées héréditaires (1, 2). La plupart des cardiolaminopathies ont une transmission autosomique dominante avec une pénétrance élevée (90%); ainsi, les membres de la famille des patients sont souvent touchés.
Certaines mutations de LMNA sont associées à d'autres troubles, dont certaines dystrophies musculaires (p. ex., dystrophie d'Emery-Dreifuss), des neuropathies périphériques, un vieillissement prématuré et des anomalies métaboliques (p. ex., la résistance à l'insuline, l'hypertriglycéridémie, la lipodystrophie).
Références générales
1. Balakrishnan ID, Lakdawala NK. Contemporary Insights into LMNA Cardiomyopathy. Curr Cardiol Rep. 2025;27(1):40. Published 2025 Jan 27. doi:10.1007/s11886-025-02195-x
2. Rosario KF, Karra R, Amos K, et al. LMNA Cardiomyopathy: Important Considerations for the Heart Failure Clinician. J Card Fail. 2023;29(12):1657-1666. doi:10.1016/j.cardfail.2023.08.016
Symptomatologie des cardiomyopathies liées à la lamine A/C
Les patients présentent initialement des symptômes de blocs cardiaques et/ou d'arythmies auriculaires, dont des palpitations, une syncope ou une mort subite d'origine cardiaque (1, 2).
L'âge à la présentation est généralement < 40 ans. Les manifestations d'insuffisance cardiaque (p. ex., dyspnée d'effort, fatigue, œdème périphérique) se développent généralement plus tard, mais le calendrier est variable. Une cardiomyopathie atriale avec fibrillation auriculaire et/ou thromboembolie systémique, notamment un AVC, est plus fréquemment associée aux cardiomyopathies à Lamine A/C qu'aux autres formes de cardiomyopathie dilatée (3).
Environ 15% des patients présentent également une atteinte des muscles squelettiques (p. ex., une faiblesse), qui peut précéder les manifestations cardiaques (4).
Références pour la symptomatologie
1. Al-Khatib SM, Stevenson WG, Ackerman MJ, et al. 2017 AHA/ACC/HRS guideline for management of patients with ventricular arrhythmias and the prevention of sudden cardiac death: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Clinical Practice Guidelines and the Heart Rhythm Society. Heart Rhythm. 2018;15(10):e73-e189. doi:10.1016/j.hrthm.2017.10.036
2. Rosario KF, Karra R, Amos K, et al. LMNA Cardiomyopathy: Important Considerations for the Heart Failure Clinician. J Card Fail. 2023;29(12):1657-1666. doi:10.1016/j.cardfail.2023.08.016
3. Kumar S, Baldinger SH, Gandjbakhch E, et al. Long-Term Arrhythmic and Nonarrhythmic Outcomes of Lamin A/C Mutation Carriers. J Am Coll Cardiol. 2016;68(21):2299-2307. doi:10.1016/j.jacc.2016.08.058
4. Balakrishnan ID, Lakdawala NK. Contemporary Insights into LMNA Cardiomyopathy. Curr Cardiol Rep. 2025;27(1):40. Published 2025 Jan 27. doi:10.1007/s11886-025-02195-x
Diagnostic des cardiomyopathies liées à la lamine A/C
ECG
Imagerie cardiaque (p. ex., échocardiographie, IRM cardiaque)
Tests génétiques
Dépistage des parents au premier degré
Le diagnostic est suspecté chez de jeunes patients présentant des palpitations, des syncopes ou qui ont subi une réanimation après un arrêt cardiaque inexpliqué, en particulier si ces sujets ont également une maladie précoce du système de conduction, des troubles du rythme supraventriculaires ou ventriculaires, une faiblesse des muscles squelettiques, une neuropathie périphérique et/ou des antécédents familiaux d'arythmies et/ou d'insuffisance cardiaque.
Les patients doivent bénéficier d'un ECG, d'une surveillance ambulatoire du rythme cardiaque et d'une imagerie cardiaque, généralement une échocardiographie et/ou une IRM cardiaque. Les variations du phénotype à l'IRM peuvent suggérer des mutations génétiques sous-jacentes spécifiques ou fournir des informations pronostiques (1, 2, 3).
En cas de troubles de la conduction, de tachyarythmies et/ou de cardiomyopathie, un test génétique est proposé. Le rendement des tests génétiques passe de 5 à 10 % dans la population générale des patients atteints de cardiomyopathie dilatée idiopathique à environ un tiers chez les patients présentant des troubles de la conduction auriculoventriculaire et des antécédents familiaux de cardiomyopathie (4, 5).
Les apparentés au premier degré des patients présentent un risque important de maladie. Ils doivent donc subir un bilan clinique (c'est-à-dire pour détecter des symptômes évocateurs de troubles du rythme, de faiblesse musculaire et/ou d'insuffisance cardiaque), un ECG, une surveillance ambulatoire du rythme cardiaque et une échocardiographie initialement puis tous les 1 à 2 ans (6). Des tests génétiques sont effectués si une mutation causale est identifiée chez le patient. Les membres de la famille qui ne sont pas porteurs de cette mutation ne nécessitent pas de tests de suivi.
Références pour le diagnostic
1. Castrichini M, Garmany R, Siontis KC, et al. Variant-Specific Late Gadolinium Enhancement Patterns Influence Clinical Outcomes in LMNA-Related Cardiomyopathy. J Am Heart Assoc. 2025;14(15):e041230. doi:10.1161/JAHA.124.041230
2. Heymans S, Lakdawala NK, Tschöpe C, Klingel K. Dilated cardiomyopathy: causes, mechanisms, and current and future treatment approaches. Lancet. 2023;402(10406):998-1011. doi:10.1016/S0140-6736(23)01241-2
3. Topriceanu CC, Al-Farih M, Joy G, et al. The Cardiovascular Magnetic Resonance Phenotype of Lamin Heart Disease. JACC Cardiovasc Imaging. 2025;18(6):644-660. doi:10.1016/j.jcmg.2025.01.004
4. Balakrishnan ID, Lakdawala NK. Contemporary Insights into LMNA Cardiomyopathy. Curr Cardiol Rep. 2025;27(1):40. Published 2025 Jan 27. doi:10.1007/s11886-025-02195-x
5. van Tintelen JP, Hofstra RM, Katerberg H, et al. High yield of LMNA mutations in patients with dilated cardiomyopathy and/or conduction disease referred to cardiogenetics outpatient clinics. Am Heart J. 2007;154(6):1130-1139. doi:10.1016/j.ahj.2007.07.038
6. Rosario KF, Karra R, Amos K, et al. LMNA Cardiomyopathy: Important Considerations for the Heart Failure Clinician. J Card Fail. 2023;29(12):1657-1666. doi:10.1016/j.cardfail.2023.08.016
Traitement des cardiomyopathies liées à la lamine A/C
Modération de l'activité physique
Habituellement, un défibrillateur automatique implantable (DAI)
Parfois, traitement antiarythmique médicamenteux
Seuil bas pour l'anticoagulation chez les patients présentant une fibrillation auriculaire
Traitement de l'insuffisance cardiaque (y compris la transplantation) selon les besoins
Le traitement est axé sur la prévention de la mort subite et la prévention des tachyarythmies ventriculaires symptomatiques.
L'exercice physique intense, y compris la participation à des sports de compétition, peut accélérer la progression de la cardiomyopathie et augmenter le risque de troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital et de mort subite (1, 2). La discussion sur la pratique de l'exercice et ses restrictions est individualisée et peut être orientée par la présence d'une mutation de LMNA à haut risque, la présence ou la sévérité d'une cardiomyopathie dilatée, ainsi que les antécédents d'arythmie du patient.
Le risque à 5 ans d'un premier épisode d'arythmie mettant en jeu le pronostic vital varie d'environ 4% à 70% selon le sexe, la présence d'une mutation LMNA non faux-sens, le bloc auriculoventriculaire (du 1er degré ou d'un degré supérieur), la tachycardie ventriculaire non soutenue et la fraction d'éjection du ventricule gauche (3). Un calculateur de risque en ligne pour les patients qui n'ont pas encore eu d'arythmie mettant en jeu le pronostic vital est disponible (lmna-risk-vta.fr).
En raison du risque élevé de mort subite, un défibrillateur automatique implantable (DAI) est généralement implanté plus tôt au cours de la maladie chez les patients qui ont une cardiomyopathie liée à la lamine A/C que chez les autres patients atteints de cardiomyopathie dilatée, et un défibrillateur automatique implantable (DAI) doit être envisagé lorsqu'il existe d'autres indications pour un stimulateur cardiaque implantable ou un traitement de resynchronisation cardiaque (4) (voir tableau ). Les indications établies de l'utilisation du défibrillateur automatique implantable (DAI) comprennent les patients qui présentent ce qui suit:
Tachycardie ventriculaire soutenue ou fibrillation ventriculaire ou arrêt cardiaque réanimé
Cardiomyopathie dilatée plus fraction d'éjection du ventricule gauche < 35%
La mise en place d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) est raisonnable chez les patients qui ont une cardiomyopathie liée à la lamine A/C et qui présentent (4):
Syncope inexpliquée
Une indication indépendante d'un stimulateur cardiaque permanent ou de thérapie de resynchronisation cardiaque
≥ 2 autres facteurs de risque de mort subite (fraction d'éjection du ventricule gauche intermédiaire de l'ordre de 35% à 44%, sexe masculin, tachycardie ventriculaire non soutenue)
Un bêta-bloqueur doit être utilisé chez la plupart des patients, mais il peut augmenter le risque de bloc auriculoventriculaire. Les bêtabloquants doivent être utilisés avec prudence chez les patients présentant un bloc atrioventriculaire du 2e ou 3e degré sans stimulateur cardiaque de secours.
Le traitement antiarythmique par un médicament de classe III, en particulier le sotalol ou l'amiodarone, peut réduire les tachyarythmies ventriculaires symptomatiques, mais ne remplace pas un défibrillateur automatique implantable (DAI). Cependant, ces médicaments peuvent être bénéfiques chez les patients qui présentent de fréquentes décharges appropriées du défibrillateur automatique implantable (DAI) malgré un traitement bêta-bloqueur adéquat.
Les patients atteints de cardiomyopathie à lamine A/C présentent un risque accru de complications thromboemboliques, indépendamment de la présence d'une cardiomyopathie dilatée ou d'arythmies auriculaires (5); par conséquent, un seuil plus bas pour l'anticoagulation en cas de fibrillation auriculaire est approprié.
Les mesures standard de traitement de la cardiomyopathie dilatée sont utilisées selon les besoins.
Références pour le traitement
1. Finocchiaro G, Westaby J, Sheppard MN, Papadakis M, Sharma S. Sudden Cardiac Death in Young Athletes: JACC State-of-the-Art Review. J Am Coll Cardiol. 2024;83(2):350-370. doi:10.1016/j.jacc.2023.10.032
2. Semsarian C, Gray B, Haugaa KH, Lampert R, Sharma S, Kovacic JC. Athletic Activity for Patients With Hypertrophic Cardiomyopathy and Other Inherited Cardiovascular Diseases: JACC Focus Seminar 3/4. J Am Coll Cardiol. 2022;80(13):1268-1283. doi:10.1016/j.jacc.2022.07.013
3. Wahbi K, Ben Yaou R, Gandjbakhch E, et al. Development and Validation of a New Risk Prediction Score for Life-Threatening Ventricular Tachyarrhythmias in Laminopathies. Circulation. 2019;140(4):293-302. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.118.039410
4. Towbin, JA, McKenna WJ, Abrams DJ, et al. 2019 HRS expert consensus statement on evaluation, risk stratification, and management of arrhythmogenic cardiomyopathy. Heart Rhythm. 2019;16(11):e301-e372. doi: 10.1016/j.hrthm.2019.05.007
5. van Rijsingen IA, Bakker A, Azim D, et al. Lamin A/C mutation is independently associated with an increased risk of arterial and venous thromboembolic complications. Int J Cardiol. 2013;168(1):472-477. doi:10.1016/j.ijcard.2012.09.118
Points clés
Les cardiomyopathies liées à la lamine A/C sont des troubles génétiques qui provoquent des tachyarythmies, un bloc cardiaque et une insuffisance cardiaque.
Certaines des mutations affectent également le muscle squelettique.
Le diagnostic repose sur des éléments cliniques et électrocardiographiques, l'imagerie cardiaque et les tests génétiques.
Les parents au premier degré ont un risque important de maladie et nécessitent un dépistage.
Le traitement nécessite habituellement une restriction de l'activité physique, la pose d'un défibrillateur automatique implantable et un bêtabloquant.



