Un trouble factice est la falsification de symptômes physiques ou psychologiques sans motivation externe évidente; ce comportement vise à se faire passer pour un malade. Les symptômes peuvent être aigus, spectaculaires et convaincants. Les patients errent souvent d'un médecin ou d'un hôpital à l'autre pour le traitement. La cause n'est pas connue, bien que le stress et un trouble sévère de la personnalité, le plus souvent, un trouble de personnalité limite, semblent souvent en cause. Le diagnostic est clinique. Aucun traitement n'est clairement efficace.
Le trouble factice imposé à soi-même est une affection caractérisée par la falsification délibérée ou l'induction d'une maladie sur soi-même, associée à une tromperie, en l'absence de récompenses externes évidentes. Le trouble factice imposé à soi-même était précédemment appelé syndrome de Munchausen, en particulier lorsque les manifestations étaient spectaculaires et graves. (Le trouble factice imposé à une autre personne [précédemment appelé trouble factice par procuration] est une entité apparentée mais distincte.)
La prise en charge de ces patients incombe souvent initialement, et parfois de manière chronique, aux services médicaux ou chirurgicaux. Néanmoins, le trouble factice doit être reconnu comme un véritable trouble psychiatrique, représentant une problématique complexe enracinée dans de graves difficultés émotionnelles, plutôt qu'une simple simulation malhonnête de symptômes.
Les patients peuvent présenter des signes importants de trouble de la personnalité limite et peuvent faire preuve d'un haut niveau d'intelligence et d'ingéniosité. Ils peuvent également présenter une connaissance approfondie des pratiques médicales. Jouer le rôle de malade peut être une façon de protéger ou même d'accroître l'estime de soi en attribuant ses échecs à la maladie, en étant associé à des médecins ou à des centres médicaux prestigieux et/ou en apparaissant ainsi unique, héroïque ou doté de connaissances médicales et sophistiqué.
Ces patients se différencient des simulateurs car, bien que leurs tromperies et simulations soient conscientes et volontaires, leur comportement n'est motivé par aucune incitation externe évidente (p. ex., gain financier, arrêt de travail). Leurs motivations et leur quête d'attention sont en grande partie inconscientes et obscures, mais peuvent être dues, en partie, au désir de maintenir le rôle de malade et de tromper les cliniciens.
Les facteurs de risque du trouble factice comprennent des antécédents précoces de maltraitance psychologique et physique (1). Les patients ont pu également présenter une maladie sévère dans l'enfance ou avoir un parent gravement malade. Les patients semblent avoir des troubles de l'identité (c.-à-d., des changements soudains et spectaculaires de l'image de soi) ainsi que des relations instables.
Référence générale
1. Jimenez XF, Nkanginieme N, Dhand N, Karafa M, Salerno K. Clinical, demographic, psychological, and behavioral features of factitious disorder: A retrospective analysis. Gen Hosp Psychiatry. 2020;62:93-95. doi:10.1016/j.genhosppsych.2019.01.009
Symptomatologie du trouble factice imposé à soi-même
Les patients qui ont un trouble factice imposé à soi-même peuvent se plaindre ou simuler des symptômes physiques qui suggèrent certains troubles (p. ex., douleur abdominale suggérant un abdomen chirurgical aigu, hématémèse). Les patients simulent souvent consciemment de nombreux symptômes et caractéristiques de la pathologie qu'ils feignent (p. ex., le fait qu'une douleur d'infarctus du myocarde puisse irradier vers le bras gauche ou la mâchoire, ou être accompagnée d'une diaphorèse).
Parfois, ils simulent ou induisent des signes cliniques (p. ex., se piquer un doigt pour contaminer un prélèvement d'urine avec du sang, s'injecter des bactéries sous la peau pour induire une fièvre ou un abcès; dans ces cas, Escherichia coli est souvent le micro-organisme infectieux). Leur paroi abdominale peut être sillonnée de cicatrices suite à des laparotomies exploratoires, ou un doigt ou un membre a pu être amputé.
Diagnostic du trouble factice imposé à soi-même
Bilan psychiatrique
Parfois, bilan médical général pour exclure d'autres étiologies
Le diagnostic de trouble factice imposé à soi-même repose sur sa symptomatologie caractéristique selon le DSM-5-TR (1) :
La falsification de signes ou de symptômes physiques ou psychologiques, ou l'induction d'une blessure ou d'une maladie, associée à une tromperie identifiée.
L'individu se présente aux autres comme étant malade, handicapé ou blessé.
Le comportement trompeur est évident, même en l'absence de bénéfices externes évidents.
Le comportement n'est pas mieux expliqué par un autre trouble mental, tel qu'un trouble délirant ou un autre trouble psychotique.
Le diagnostic du trouble factice est habituellement clinique, et nécessite souvent aussi les examens complémentaires nécessaires pour éliminer des affections médicales générales et la démonstration de l'exagération, de la fabrication, de la simulation et/ou de l'induction de symptômes physiques (1).
Référence pour le diagnostic
1. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 5th ed, Text Revision. American Psychiatric Association Publishing; 2022.
Traitement du trouble factice imposé à soi-même
Aucun traitement clairement efficace
Le traitement du trouble factice imposé à soi-même est habituellement difficile. Il n'existe aucun traitement robuste fondé sur des preuves pour le trouble factice imposé à soi-même. Les patients peuvent obtenir un soulagement initial lorsque leurs demandes de traitement sont satisfaites, mais leurs symptômes s'aggravent généralement malgré ce traitement, dépassant finalement ce que les cliniciens sont disposés ou aptes à faire. Toute confrontation ou refus d'accéder aux demandes de traitement suscite souvent des réactions de colère, et les patients recherchent habituellement des soins auprès de plusieurs médecins ou hôpitaux.
Reconnaître le trouble et demander une consultation psychiatrique ou psychologique précoce est important, de telle sorte que les examens invasifs à risque, les procédures chirurgicales et l'utilisation excessive ou abusive de médicaments, peuvent être évités.
Une approche non agressive, non punitive et non conflictuelle doit être utilisée pour présenter le diagnostic de trouble factice aux patients. Pour éviter de culpabiliser le patient ou de lui adresser des reproches, un médecin peut présenter le diagnostic comme un appel à l'aide. Comme alternative, certains experts recommandent un traitement psychiatrique sans exiger que les patients admettent leur rôle dans leur maladie. Il est utile de se concentrer sur la réduction des risques et l'engagement à long terme et d'indiquer au patient que le médecin et le patient peuvent coopérer pour résoudre le problème.



