Cancer de l'estomac

ParAnthony Villano, MD, Fox Chase Cancer Center
Reviewed ByMinhhuyen Nguyen, MD, Fox Chase Cancer Center, Temple University
Vérifié/Révisé Modifié mai 2025
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Les causes du cancer de l'estomac sont plurifactorielles. Cependant, Helicobacter pylori joue un rôle important. Les symptômes comprennent une satiété précoce, une obstruction et des saignements, mais ils ont tendance à survenir tardivement dans l'évolution de la maladie. Le diagnostic repose sur l'endoscopie, suivie de la TDM et de l'écho-endoscopie pour déterminer le stade de la tumeur. Le traitement est la chirurgie parfois en association avec la chimiothérapie ou la chimioradiothérapie. La survie à long terme est médiocre, sauf pour les patients atteints d'une maladie localisée.

L'adénocarcinome gastrique représente 95% des tumeurs malignes de l'estomac; les lymphomes gastriques localisés, les tumeurs stromales gastro-intestinales et les léiomyosarcomes sont moins fréquents.

Le cancer de l'estomac est le 5e cancer le plus fréquent dans le monde, mais son incidence varie beaucoup selon les pays. L'incidence est extrêmement élevée en Asie de l'Est (la Mongolie ayant le taux d'incidence le plus élevé) et en Europe de l'Est, et la plus faible en Afrique (1). Aux États-Unis, l'incidence a diminué au cours des dernières décennies.

On observe 26 890 cas de cancer de l'estomac et 10 880 décès environ aux États-Unis en 2024, faisant du cancer gastrique le 16e cancer le plus souvent diagnostiqué et la 17e cause de décès par cancer aux États-Unis (2).

Aux États-Unis, le cancer de l'estomac est plus fréquent chez les Noirs, les Hispaniques et les Amérindiens. Son incidence augmente avec l'âge.

Références

  1. 1. Bray F, Laversanne M, Sung H, et al. Global cancer statistics 2022: GLOBOCAN estimates of incidence and mortality worldwide for 36 cancers in 185 countries. CA Cancer J Clin. 2024;74(3):229-263. doi:10.3322/caac.21834

  2. 2. Siegel RL, Giaquinto AN, Jemal A. Cancer statistics, 2024 [published correction appears in CA Cancer J Clin. 2024 Mar-Apr;74(2):203. doi: 10.3322/caac.21830]. CA Cancer J Clin. 2024;74(1):12-49. doi:10.3322/caac.21820

Étiologie du cancer de l'estomac

Les facteurs de risque du cancer de l'estomac sont les suivants:

Les facteurs diététiques ne sont pas des causes prouvées; cependant, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS a rapporté une association positive entre la consommation de viande transformée et le cancer de l'estomac (1).

Certains polypes gastriques peuvent dégénérer en cancer. Les polypes inflammatoires peuvent se développer chez les patients qui prennent des AINS et les polypes fovéolaires fundiques sont fréquents chez les patients qui prennent des inhibiteurs de la pompe à protons. Les polypes adénomateux, bien que rares, sont les plus susceptibles de dégénérer en cancer, en particulier lorsqu'ils sont multiples. Un cancer est plus probable si le polype adénomateux mesure > 2 cm de diamètre ou s'il est de type histologique villeux.

Divers facteurs génétiques sont également des facteurs de risque. Le cancer gastrique diffus héréditaire est associé à une mutation du gène cadherin 1 (CDH1) et n'a pas de lésion précurseur. Cette mutation est un trait autosomique dominant à haute pénétrance. Les patients atteints développent habituellement un cancer gastrique à un âge précoce (âge moyen de 38 ans) et ont environ 80% de risque de développer un cancer gastrique au cours de leur vie (2). Les femmes atteintes sont également à haut risque de développer un cancer lobulaire du sein. Les patientes qui ont des antécédents personnels ou familiaux de cancer gastrique diffus et/ou de cancer du sein lobulaire chez plusieurs membres de la famille, en particulier si elles ont été diagnostiquées avant l'âge de 50 ans, doivent être adressées pour des conseils et des tests génétiques. Une gastrectomie prophylactique doit être proposée aux porteurs asymptomatiques de la mutation CDH1 entre 18 et 40 ans (3). La surveillance du cancer du sein par une IRM mammaire annuelle à partir de 30 ans est également recommandée chez les femmes qui ont une mutation de CDH1 (4). Des cas de cancer colorectal ont été rapportés chez les porteurs de mutation de CDH1. Les données sont insuffisantes pour recommander le dépistage du cancer du côlon chez tous les porteurs ou leurs familles; cependant, si un cancer du côlon a été diagnostiqué chez un porteur, les membres de sa famille doivent subir un dépistage du cancer du côlon à partir de 40 ans ou 10 ans avant l'âge auquel le membre le plus jeune de la famille a été diagnostiqué (4). D'autres syndromes génétiques qui prédisposent au cancer de l'estomac comprennent la polypose adénomateuse familiale, le syndrome de Lynch, le syndrome de polypose juvénile et le syndrome de Peutz-Jeghers.

Références pour les facteurs de risque

  1. 1. Bouvard V, Loomis D, Guyton KZ, et al. Carcinogenicity of consumption of red and processed meat. Lancet Oncol. 16(16):1599–1600, 2015. doi: 10.1016/S1470-2045(15)00444-1

  2. 2. Pharoah PD, Guilford P, Caldas C; International Gastric Cancer Linkage Consortium. Incidence of gastric cancer and breast cancer in CDH1 (E-cadherin) mutation carriers from hereditary diffuse gastric cancer families. Gastroenterology.121(6):1348-1353, 2001. doi: 10.1053/gast.2001.29611

  3. 3. Shepard B, Yoder L, Holmes C. Prophylactic total gastrectomy for hereditary diffuse gastric cancer. ACG Case Rep J. 3(4):e179, 2016. doi: 10.14309/crj.2016.152

  4. 4. van der Post RS, Vogelaar IP, Carneiro F, et al. Hereditary diffuse gastric cancer: Updated clinical guidelines with an emphasis on germline CDH1 mutation carriers. J Med Genet. 52(6):361–374, 2015. doi: 10.1136/jmedgenet-2015-103094

Physiopathologie du cancer de l'estomac

Les adénocarcinomes gastriques peuvent être classés en fonction de leur aspect macroscopique:

  • Saillant: la tumeur est polypoïde ou bourgeonnante.

  • Pénétrant: la tumeur est ulcérée.

  • Superficiel extensif: la tumeur s'étend le long de la muqueuse ou infiltre superficiellement la paroi de l'estomac.

  • Linite plastique: la tumeur infiltre la paroi gastrique avec une réaction fibreuse associée qui provoque un aspect rigide de "bouteille en cuir" de l'estomac.

  • Divers: la tumeur montre des caractéristiques de 2 des autres types; cette classification est la plus vaste.

Le pronostic des formes végétantes est meilleur que celui des formes infiltrantes car elles deviennent symptomatiques plus précocement.

Symptomatologie du cancer de l'estomac

Les symptômes initiaux du cancer de l'estomac ne sont pas spécifiques et se limitent souvent à une dyspepsie évocatrice d'un ulcère gastroduodénal. Les patients et médecins ont tendance à méconnaître ces symptômes ou à traiter le patient pour une dyspepsie peptique.

Plus tard, une satiété précoce peut survenir (impression d'être rassasié après l'ingestion d'une petite quantité de nourriture) si le cancer obstrue la région pylorique ou si l'estomac devient inextensible du fait de la linite plastique. Une dysphagie peut être observée si un cancer de la région cardiale de l'estomac obstrue l'orifice œsophagien. Une perte de poids ou une asthénie, habituellement consécutives à une restriction alimentaire, sont fréquentes. Une hématémèse ou un méléna massifs sont rares, mais une anémie peut s'installer secondairement à un saignement occulte. La tumeur peut parfois se manifester par des symptômes dus aux métastases (p. ex., ictère, ascite ou fractures).

Les signes cliniques peuvent être absents ou limités à l'existence de sang dans les selles. Plus tard au cours de son évolution, on peut retrouver une masse épigastrique; des ganglions ombilicaux, sus-claviculaires gauches ou axillaires gauches; une hépatomégalie; et une masse ovarienne ou rectale. Des métastases pulmonaires, du système nerveux central, ou osseuses peuvent apparaître.

Diagnostic du cancer de l'estomac

  • Endoscopie avec biopsies

  • Puis TDM et écho-endoscopie

Le diagnostic différentiel du cancer de l'estomac comprend généralement l'ulcère gastroduodénal et ses complications.

Le patient chez qui on suspecte un cancer de l'estomac doit subir une endoscopie avec des biopsies multiples et une cytologie à la brosse. Parfois, une biopsie limitée à la muqueuse peut ne pas mettre en évidence de tissu tumoral s'il est sous-muqueux. Les radiographies, en particulier les examens barytés à double contraste, peuvent montrer des lésions mais permettent rarement de se passer d'une endoscopie ultérieure.

Les patients chez qui un cancer est identifié nécessitent une TDM du thorax et de l'abdomen pour déterminer l'étendue de la propagation de la tumeur. Si la TDM est négative pour les métastases, une écho-endoscopie doit être réalisée afin d'évaluer la profondeur de la tumeur et le niveau d'atteinte des ganglions lymphatiques régionaux. Ce sont les résultats de ce bilan qui déterminent le pronostic et orientent la stratégie thérapeutique.

Il faut réaliser un bilan biologique standard comprenant une NFS, un ionogramme et un bilan hépatique afin de rechercher une anémie, une déshydratation, d'éventuelles métastases hépatiques et évaluer l'état général du patient. Le taux d'antigène carcinoembryonnaire (ACE) doit être dosé avant et après la chirurgie.

Dépistage

Le dépistage par endoscopie est utilisé dans les populations à haut risque (p. ex., les Japonais) mais non recommandé aux États-Unis.

La surveillance après traitement pour diagnostiquer une éventuelle récidive comprend une endoscopie et une TDM du thorax, de l'abdomen et du bassin.

Traitement du cancer de l'estomac

  • La résection chirurgicale est parfois associée à la chimiothérapie et/ou à la radiothérapie (chimioradiothérapie)

Les décisions thérapeutiques dans le cancer de l'estomac dépendent du stade de la tumeur et des désirs du patient (certains refusent un traitement agressif, voir Directives anticipées).

La chirurgie curative consiste en l'ablation de la majeure partie (gastrectomie subtotale) ou de la totalité (gastrectomie totale) de l'estomac et des ganglions lymphatiques adjacents et est raisonnable en cas de maladie limitée à l'estomac et peut-être aux ganglions lymphatiques régionaux (< 50% des patients) (1). Les patients reçoivent souvent une chimiothérapie périopératoire (c'est-à-dire, avant et après la chirurgie) typiquement avec le protocole FLOT (5-fluorouracile, leucovorine, oxaliplatine, docétaxel) (2).

Chez les patients présentant une lymphadénectomie insuffisante ou une maladie à ganglions positifs ou incomplètement réséquée, une chimiothérapie adjuvante ou une chimioradiothérapie est parfois utilisée.

L'existence de métastases ou d'un envahissement ganglionnaire étendu contre-indique la chirurgie curative, et, tout au plus, des interventions palliatives doivent être entreprises. Cependant, la véritable étendue de la dissémination tumorale n'est souvent reconnue que lorsqu'une chirurgie curative est tentée. Le traitement chirurgical palliatif consiste généralement en la réalisation d'une gastroentérostomie contournant une éventuelle obstruction pylorique et doit être effectué uniquement si la qualité de vie du patient peut être améliorée. Chez les patients qui ne subissent pas de chirurgie, divers protocoles de chimiothérapie combinée (5-fluorouracile, capécitabine, doxorubicine, mitomycine, cisplatine, oxaliplatine, irinotécan, paclitaxel, docétaxel ou leucovorine) peuvent produire une réponse temporaire et seulement une légère amélioration de la survie.

En cas de maladie avancée avec des tumeurs qui expriment le human epidermal growth factor receptor 2 (HER2+), le trastuzumab (un anticorps monoclonal qui cible HER2) ou le ramucirumab (un inhibiteur du vascular endothelial growth factor [VEGF]) en association avec la chimiothérapie peuvent être utilisés. L'immunothérapie telle que le pembrolizumab est disponible chez les patients qui ont un cancer gastrique avancé ou métastatique PD-L1 (programmed cell death ligand 1)-positif. Les inhibiteurs du programmed cell death receptor 1 (p. ex., nivolumab) sont disponibles en dehors des États-Unis pour les patients atteints d'un cancer gastrique avancé. La radiothérapie est d'un intérêt limité en cas de métastases.

Références pour le traitement

  1. 1. Ajani JA, D'Amico TA, Bentrem DJ, et al. Gastric Cancer, Version 2.2022, NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology. J Natl Compr Canc Netw. 2022 Feb;20(2):167-192. doi: 10.6004/jnccn.2022.0008

  2. 2. Al-Batran SE, Homann N, Pauligk C, et al. Perioperative chemotherapy with fluorouracil plus leucovorin, oxaliplatin, and docetaxel versus fluorouracil or capecitabine plus cisplatin and epirubicin for locally advanced, resectable gastric or gastro-oesophageal junction adenocarcinoma (FLOT4): A randomised, phase 2/3 trial. Lancet. 393(10184):1948-1957, 2019. doi: 10.1016/S0140-6736(18)32557-1

Pronostic du cancer de l'estomac

Le pronostic dépend beaucoup du stade de la maladie, mais est en général défavorable (survie à 5 ans: < 5 à 15%) car la plupart des patients se présentent initialement avec une maladie à un stade avancé. La médiane de survie globale chez des patients bien sélectionnés après une chimiothérapie périopératoire et une chirurgie peut aller jusqu'à 50 mois selon les essais randomisés modernes (1, 2). Si la tumeur est limitée à la muqueuse ou à la sous-muqueuse, la survie à 5 ans peut aller jusqu'à 95% (3). Pour les tumeurs envahissant les ganglions lymphatiques locaux, la survie est corrélée au nombre de ganglions envahis. Une maladie plus étendue est presque toujours fatale en 6-12 mois.

Les lymphomes gastriques ont un meilleur pronostic (voir Lymphome MALT (Mucosa-Associated Lymphoid Tissue [tissu lymphoïde associé aux muqueuses]) et lymphomes non hodgkiniens).

Références pour le pronostic

  1. 1. Cunningham D, Allum WH, Stenning SP, et al. Perioperative chemotherapy versus surgery alone for resectable gastroesophageal cancer. N Engl J Med. 355(1):11-20, 2006. doi: 10.1056/NEJMoa055531

  2. 2. Al-Batran SE, Homann N, Pauligk C, et al. Perioperative chemotherapy with fluorouracil plus leucovorin, oxaliplatin, and docetaxel versus fluorouracil or capecitabine plus cisplatin and epirubicin for locally advanced, resectable gastric or gastro-oesophageal junction adenocarcinoma (FLOT4): A randomised, phase 2/3 trial. Lancet. 393(10184):1948-1957, 2019. doi: 10.1016/S0140-6736(18)32557-1

  3. 3. Zhang J, Zhou Y, Jiang K, et al. Evaluation of the seventh AJCC TNM staging system for gastric cancer: a meta-analysis of cohort studies. Tumour Biol. 35(9):8525-8532, 2014. doi: 10.1007/s13277-014-1848-6

Points clés

  • L'infection par Helicobacter pylori est un facteur de risque de certains cancers de l'estomac.

  • Les symptômes initiaux ne sont pas spécifiques et ressemblent souvent à ceux de l'ulcère gastroduodénal.

  • Le dépistage par endoscopie est utilisé dans les populations à haut risque (p. ex., les Japonais) mais non recommandé aux États-Unis.

  • La chirurgie curative, peut-être associée à une chimiothérapie et à une radiothérapie, est raisonnable en cas de maladie limitée à l'estomac et peut-être aux ganglions lymphatiques régionaux.

  • La survie est globalement défavorable (survie à 5 ans: de 5 à 15%) car de nombreux patients sont déjà au stade avancé de la maladie lors de la présentation.

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