Le sarcome de Kaposi est une tumeur vasculaire multicentrique, due à un herpesvirus de type 8. Il est classé en 5 types: classique (sporadique), associé à l'infection avancée par le VIH (épidémique), non épidémique, endémique (en Afrique) et iatrogène (p. ex., après transplantation d'organe). Le diagnostic repose sur la biopsie. Pour traiter les lésions indolentes superficielles, on peut utiliser la cryothérapie, l'électrocoagulation, l'excision ou la radiothérapie par faisceau d'électrons. On utilise la radiothérapie pour soigner les cas les plus étendus. Dans la forme associée au VIH avancé, le traitement comprend des antirétroviraux.
(Voir aussi Revue générale des cancers cutanés.)
Le sarcome de Kaposi provient de cellules endothéliales en réponse à l'infection par l'herpesvirus humain type 8 (HHV-8). Bien que ce sarcome soit rare dans la population générale, l'immunosuppression (particulièrement due à la transplantation d'organe ou au VIH avancé) augmente considérablement la probabilité d'un sarcome de Kaposi chez les patients infectés par le HHV-8. Dans une étude de surveillance en population, le taux de sarcome de Kaposi était > 500 fois plus élevé chez les patients infectés par le VIH aux États-Unis; cependant, les taux ont connu une baisse constante, quoique progressive, au fil du temps (1). Certaines formes de sarcome de Kaposi sont endémiques dans certains pays du bassin méditerranéen ainsi qu'en Afrique australe et orientale (2).
Les cellules de la tumeur sont fusiformes, rappelant les cellules musculaires lisses, les fibroblastes et les myofibroblastes.
Cette photo montre plusieurs nodules purpuriques et violacés du sarcome de Kaposi sur les membres inférieurs.
Photo courtesy of Karen McKoy, MD.
Références générales
1. Peprah S, Engels EA, Horner MJ, et al. Kaposi Sarcoma Incidence, Burden, and Prevalence in United States People with HIV, 2000-2015. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2021;30(9):1627-1633. doi:10.1158/1055-9965.EPI-21-0008
2. Fu L, Tian T, Wang B, et al. Global patterns and trends in Kaposi sarcoma incidence: a population-based study. Lancet Glob Health. 2023 Oct;11(10):e1566-e1575. doi: 10.1016/S2214-109X(23)00349-2. PMID: 37734800.
Classification du sarcome de Kaposi
Sarcome de Kaposi classique
Ce type est observé le plus souvent chez les hommes âgés (> 60 ans) d'origine méditerranéenne, d'Europe de l'Est ou juifs Ashkénazes.
La progression est indolente et la maladie se limite habituellement à un faible nombre de lésions localisées aux membres inférieurs; l'atteinte viscérale survient dans environ 10% des cas (1).
Ce type n'est habituellement pas mortel.
Dans le sarcome de Kaposi classique, les lésions cutanées sont des macules asymptomatiques pourpres, roses ou rouges qui peuvent confluer en plaques et nodules bleu-violet à noirs.
Cette photo montre une lésion vasculaire rouge-violet classique du sarcome de Kaposi.
Sarcome de Kaposi associé à l'infection avancée par le VIH (sarcome de Kaposi épidémique)
Ce type est le cancer associé à l'infection avancée par le VIH le plus fréquent et est plus agressif que le sarcome de Kaposi classique.
De multiples lésions cutanées sont présentes et impliquent souvent le visage et le tronc. Les muqueuses, les ganglions et le système digestif sont fréquemment atteints. Le sarcome de Kaposi est parfois la première manifestation de l'infection par le VIH avancée.
Le sarcome de Kaposi associé au SIDA est une tumeur agressive, multicentrique qui peut toucher le visage, le tronc, les muqueuses, les vaisseaux lymphatiques ou le tractus gastro-intestinal. Les lésions apparaissent sous forme de macules bleues ou violettes, de plaques ou de tumeurs.
Sarcome de Kaposi non épidémique
Un autre type de sarcome de Kaposi de plus en plus reconnu est observé chez les hommes VIH-séronégatifs et qui ont des rapports sexuels avec des hommes (2). Les raisons de l'augmentation de la prévalence dans ce groupe sont incertaines et restent un domaine d'investigation actuel.
Sarcome endémique de Kaposi
Ce type se rencontre dans les régions autour de la mer Méditerranée et en Afrique indépendamment de l'infection par le VIH. Il existe 2 formes:
Forme lymphadénopathique prépubertaire: cette forme affecte avant tout l'enfant; les tumeurs primitives impliquent des ganglions lymphatiques avec ou sans lésions cutanées. L'évolution est habituellement fulminante et fatale.
Forme adulte: cette forme ressemble au sarcome de Kaposi classique.
Sarcome de Kaposi iatrogène (sarcome de Kaposi de l'immunosuppression)
Ce type se développe habituellement plusieurs années après la transplantation d'organes. La progression est plus ou moins fulminante, selon la gravité du déficit immunitaire.
Références sur la classification
1. Antman K, Chang Y. Kaposi's sarcoma. N Engl J Med. 2000 Apr 6;342(14):1027-38. doi: 10.1056/NEJM200004063421407. PMID: 10749966.
2. Vangipuram R, Tyring SK. Epidemiology of Kaposi sarcoma: review and description of the nonepidemic variant. Int J Dermatol 58(5):538-542, 2019. doi: 10.1111/ijd.14080
Symptomatologie du sarcome de Kaposi
Les lésions cutanées sont des macules violettes, roses, brunes ou rouges qui peuvent fusionner en plaques bleu-violet à noires et en nodules, mais elles sont par ailleurs asymptomatiques (p. ex., indolores, sans prurit). Un œdème peut être présent. Il arrive parfois que les nodules bourgeonnent ou pénètrent les tissus mous et envahissent les os.
Bien que moins fréquente, l'atteinte viscérale implique le plus souvent la cavité buccale, le tractus gastro-intestinal et les poumons. Les symptômes dépendent de l'atteinte d'organe spécifique. Les lésions de la muqueuse apparaissent sous forme de macules bleues ou violettes, de plaques et de tumeurs. Les lésions du tube digestif peuvent saigner, parfois abondamment, mais elles sont habituellement asymptomatiques.
Cette photo montre des nodules rouge violacé compatibles avec un sarcome de Kaposi sur la peau de la paupière inférieure chez un patient infecté par le VIH.
© Springer Science+Business Media
Cette photo montre des plaques violacées sur l'avant-bras chez un patient infecté par le VIH.
© Springer Science+Business Media
Diagnostic du sarcome de Kaposi
Biopsie
Imagerie (TDM du thorax ou de l'abdomen)
Rarement, endoscopie
Le diagnostic du sarcome de Kaposi est confirmé par une biopsie à l'emporte-pièce.
Les patients dont la manifestation initiale est un sarcome de Kaposi doivent bénéficier d'un dépistage de l'infection par le VIH. Les patients atteints d'une infection avancée par le VIH connue ou d'une immunosuppression doivent bénéficier d'une TDM du thorax et de l'abdomen afin d'évaluer l'extension viscérale.
Si la TDM est négative mais que des symptômes pulmonaires ou gastro-intestinaux sont présents, une bronchoscopie ou une endoscopie digestive doivent être envisagées.
Traitement du sarcome de Kaposi
Exérèse chirurgicale, cryothérapie, électrocoagulation, chimiothérapie intralésionnelle, ou éventuellement imiquimod ou alitretinoïne topique pour les lésions superficielles
Radiothérapie et chimiothérapie locales en cas de lésions multiples, d'atteinte diffuse ou de maladie des ganglions lymphatiques
Traitement antirétroviral avec des traitements locaux similaires ou une chimiothérapie en fonction de l'étendue de la maladie dans le sarcome de Kaposi associé à l'infection avancée par le VIH
Réduction des immunosuppresseurs pour les sarcomes de Kaposi iatrogènes
Le traitement du sarcome de Kaposi est généralement adapté au sous-type clinique, à l'étendue de la maladie et aux comorbidités du patient. Les traitements du sarcome de Kaposi classique et du sarcome de Kaposi associé à l'infection avancée par le VIH se chevauchent considérablement.
Les lésions indolentes (si les lésions sont limitées) ne nécessitent souvent aucun traitement. Une ou plusieurs lésions superficielles peuvent être retirées par exérèse chirurgicale, cryothérapie ou électrocoagulation, ou traitées par injection intralésionnelle de vinblastine ou d'interféron alpha. L'efficacité de l'imiquimod ou de l'alitrétinoïne topique a également été rapportée. Les lésions multiples, les atteintes diffuses et les atteintes des ganglions lymphatiques sont traitées localement par radiothérapie de 10 à 20 Gy et chimiothérapie. La récidive est fréquente et il est difficile d'obtenir une guérison complète.
Le sarcome de Kaposi associé à l'infection avancée par le VIH répond remarquablement au traitement antirétroviral, probablement parce que le nombre de CD4+ augmente et que la charge virale du VIH diminue (1). Cependant, il existe des preuves en faveur du fait que les inhibiteurs de protéase de ce protocole thérapeutique puissent bloquer l'angiogenèse (bien qu'il n'ait pas été démontré d'effets cliniques bénéfiques chez l'homme) (2).
Chez les patients porteurs d'un VIH à un stade avancé présentant une atteinte cutanée limitée, de la vinblastine ou de la bléomycine intralésionnelle peut être ajoutée (3). La pomalidomide peut également être utilisée pour des lésions plus indolentes.
On peut administrer aux patients atteints d'une maladie plus étendue ou viscérale de la doxorubicine liposomale pégylée 20 mg/m2 IV toutes les 2 à 3 semaines (3). Le paclitaxel est une alternative de première intention ou peut être administré en cas d'échec de la doxorubicine liposomale pégylée.
Le traitement du sarcome de Kaposi ne prolonge pas la vie chez la plupart des patients qui ont une infection avancée par le VIH, car les infections déterminent l'évolution clinique.
Le sarcome de Kaposi classique non épidémique nécessite le traitement des lésions indolentes comme décrit ci-dessus.
Le sarcome de Kaposi iatrogène répond au mieux à l'arrêt des immunosuppresseurs. La réduction de la posologie de l'immunosuppresseur chez les patients transplantés donne souvent lieu à la réduction des lésions du sarcome de Kaposi. Si la réduction de la posologie n'est pas possible, les thérapies locales et systémiques conventionnelles utilisées dans d'autres types de sarcome de Kaposi doivent être instaurées. La substitution des schémas immunosuppresseurs par le sirolimus peut également améliorer le sarcome de Kaposi iatrogène (3).
Le traitement du sarcome endémique de Kaposi est difficile et généralement palliatif.
Références pour le traitement
1. HIV.gov. Update to the Guidelines for the Prevention and Treatment of Opportunistic Infections in Adults and Adolescents with HIV. April 23, 2025. Accessed November 5, 2025.
2. Sgadari C, Barillari G, Toschi E, et al. HIV protease inhibitors are potent anti-angiogenic molecules and promote regression of Kaposi sarcoma. Nat Med. 2002 Mar;8(3):225-32. doi: 10.1038/nm0302-225. PMID: 11875492.
3. National Comprehensive Cancer Center. NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology (NCCN Guidelines). Kaposi Sarcoma, version 2.2026. https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/pdf/kaposi.pdf. Accessed November 13, 2025.
Points clés
Envisager un sarcome de Kaposi chez les hommes âgés, les personnes provenant de zones endémiques et les patients ayant subi une transplantation d'organe ou atteints d'une infection avancée par le VIH.
Tester les patients présentant une immunodépression (dont l'infection avancée par le VIH) à la recherche de métastases.
Traiter les lésions superficielles par des méthodes localement ablatives.
Traiter les lésions multiples, l'atteinte diffuse ou l'atteinte ganglionnaire par radiothérapie locale et chimiothérapie.



