Prolactinome

Examen complet: juin 2025 ParJohn D. Carmichael, MD, Keck School of Medicine of the University of Southern California | Examen par des pairs réalisé parGlenn D. Braunstein, MD, Cedars-Sinai Medical Center
Dernière mise à jour: juin 2025
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Les prolactinomes sont des tumeurs non cancéreuses constituées de cellules lactotropes de l'hypophyse. Le symptôme le plus fréquent d'un prolactinome est la galactorrhée. Le diagnostic repose sur le dosage de la prolactine et des examens d'imagerie. Le traitement implique l'inhibition tumorale par des agonistes de la dopamine et parfois l'ablation ou la destruction de l'adénome.

La galactorrhée correspond à la sécrétion de lait. L'écoulement du mamelon en général est traité ailleurs.

Étiologie du prolactinome

Les prolactinomes sont des tumeurs hypophysaires non cancéreuses composées de cellules lactotropes, qui sont des adénomes sécrétant de la prolactine. La prolactine est produite par les cellules lactotropes qui représentent environ 30% des cellules de l'antéhypophyse. Chez l'être humain, la principale fonction de la prolactine est la stimulation de la production de lait. La prolactine est l'hormone la plus fréquemment produite en excès par les tumeurs hypophysaires. Contrairement à d'autres hormones antéhypophysaires, la prolactine est principalement régulée par la suppression par la dopamine, et non par rétroaction négative des hormones périphériques.

La galactorrhée est généralement secondaire à un adénome hypophysaire sécrétant de la prolactine (prolactinome) mais peut résulter de toute cause d'hyperprolactinémie (voir tableau ). Dans la majorité des cas, il s'agit chez la femme adulte de microadénomes (< 10 mm de diamètre) et plus rarement de macroadénomes (> 10 mm) au moment du diagnostic. La fréquence des micro-adénomes est beaucoup plus faible chez l'homme adulte, éventuellement du fait d'une reconnaissance plus tardive; cependant, pour des raisons qui ne sont pas claires, les adénomes sécrétant de la prolactine ont une croissance plus agressive et provoquent des symptômes plus graves par effet de masse (p. ex., des céphalées ou des troubles visuels) et moins de symptômes liés à une carence hormonale chez l'homme adulte. Les lésions hypophysaires expansives non fonctionnelles peuvent également augmenter les taux de prolactine en comprimant la tige pituitaire et en interrompant ainsi l'action de la dopamine, qui supprime normalement la sécrétion de prolactine.

L'hyperprolactinémie et la galactorrhée peuvent être également secondaires à la prise de certains médicaments, tels que les phénothiazines et d'autres antipsychotiques, certains antihypertenseurs (en particulier la méthyldopa et le vérapamil), et les opioïdes. L'hypothyroïdie primaire peut occasionner une hyperprolactinémie et une galactorrhée, car l'augmentation des taux de thyroid-releasing hormone augmente la sécrétion de prolactine ainsi que de TSH (Thyroid stimulating hormone). Les taux de prolactine peuvent augmenter dans la circulation en raison d'une insuffisance rénale due à une altération de la clairance rénale de la prolactine. La stimulation du mamelon et la grossesse sont des causes physiologiques d'augmentation de la sécrétion de prolactine. L'hyperprolactinémie peut être associée à un hypogonadotropisme et à un hypogonadisme probablement par l'inhibition de la libération de l'hormone de libération de la gonadotrophine (GnRH) ou par une action sur les gonadotrophes hypophysaires (voir tableau ).

Tableau

Symptomatologie du prolactinome

Une lactation anormale n’est pas quantitativement définie; il s’agit d'une émission de lait par la glande mammaire qui est inappropriée, persistante ou inquiétante pour la patiente. La lactation spontanée est plus rare que l'écoulement de lait en réponse à l'expression manuelle. Le lait est blanc et les globules gras sont visibles à l'examen au microscope. Chez la femme adulte, la galactorrhée s'accompagne souvent d'une aménorrhée ou d'une oligoménorrhée. Les femmes adultes qui présentent une galactorrhée et une aménorrhée peuvent également présenter des symptômes et des signes de carence en œstrogènes, dont une dyspareunie et une diminution de la libido, en raison de l'inhibition de la libération pulsatile de l'hormone lutéinisante et de l'hormone folliculo-stimulante par des taux élevés de prolactine. Cependant, la production d'œstrogènes peut être normale, et des signes d'excès d'androgènes, y compris un hirsutisme, ont été observés chez certaines femmes adultes avec hyperprolactinémie. L'hyperprolactinémie peut s'accompagner, outre l'aménorrhée, d'autres anomalies du cycle menstruel, telles que des troubles de l'ovulation et un dysfonctionnement du corps jaune.

Les hommes adultes qui ont des tumeurs hypophysaires sécrétant de la prolactine présentent typiquement des céphalées ou des troubles visuels. Environ 2/3 des hommes adultes atteints ont une perte de libido et des troubles de l'érection.

Diagnostic du prolactinome

  • Taux de prolactine

  • Taux de thyroxine (T4) et de TSH (Thyroid stimulating hormone)

  • TDM ou IRM

Le diagnostic d'adénome hypophysaire sécrétant de la prolactine, responsable d'une galactorrhée, repose sur la mise en évidence de taux de prolactine élevés (typiquement > 5 fois la normale, parfois beaucoup plus). La diminution de la taille de la lésion en réponse au traitement médicamenteux peut confirmer le diagnostic lorsque les taux de prolactine sont élevés à un niveau équivoque. En général, le taux de prolactine est corrélé à la taille d'une tumeur hypophysaire et peut être utilisé pour suivre les patients au fil du temps. Dans le cas d'une masse hypophysaire non fonctionnelle, les taux de prolactine ne sont généralement pas > 3 à 4 fois la normale.

L'essai d'un traitement par un agoniste de la dopamine peut aider à distinguer les lésions sécrétant de la prolactine des lésions non fonctionnelles; dans les deux types de lésions, les taux de prolactine diminuent après le traitement, mais les lésions sécrétant de la prolactine diminuent de taille, contrairement aux lésions non fonctionnelles.

Les taux de gonadotrophines sériques et d'œstradiol sont bas ou dans les limites de la normale chez la femme adulte qui a une hyperprolactinémie, et les taux de testostérone peuvent être bas chez l'homme adulte. L'hypothyroïdie primaire est facilement exclue par l'absence d'élévation de la TSH (Thyroid stimulating hormone). Chez les patients présentant une tumeur hypophysaire connue, les taux de TSH (Thyroid stimulating hormone) et de thyroxine libre doivent être mesurés pour évaluer une éventuelle hypothyroïdie centrale.

L'IRM avec contraste est la méthode de choix pour identifier les microadénomes. La TDM à haute résolution peut être utilisée lorsque l'IRM est contre-indiquée ou non disponible.

L'examen du champ visuel est indiqué chez tous les patients présentant un macroadénome et chez tout patient qui opte uniquement pour une surveillance.

Traitement du prolactinome

  • Il est fonction du sexe, de la cause, de la symptomatologie et d'autres éléments

  • Lorsque cela est indiqué, le traitement initial comprend habituellement un agoniste de la dopamine

Microadénomes

Les microprolactinomes peuvent être traités de multiples façons. Une simple surveillance est licite chez les patients asymptomatiques dont les taux de prolactine sont < 100 mcg/L (< 100 ng/mL) et l’imagerie par IRM ou TDM est normale ou en cas de micro-adénome; dans ces cas, la prolactine peut se normaliser après quelques années.

Les patients qui présentent une hyperprolactinémie doivent être surveillés par une mesure trimestrielle des taux de prolactine et une IRM ou une TDM sellaire annuelle pendant au moins 2 ans de plus. La fréquence des imageries hypophysaires peut ensuite être espacée en cas de stabilité des taux de prolactine.

Chez la femme adulte, les indications de traitement comprennent les suivantes:

  • Désir de grossesse

  • Aménorrhée ou oligoménorrhée significative (en raison du risque d'ostéoporose)

  • Hirsutisme

  • Libido faible

  • Galactorrhée perturbante

Chez l'homme adulte, la galactorrhée est rare et provoque rarement des troubles nécessitant un traitement; les indications de traitement sont les suivantes:

  • Hypogonadisme (en raison du risque d'ostéoporose)

  • Troubles de l'érection

  • Libido faible

  • Infertilité perturbante

Le traitement initial dans les deux sexes repose habituellement sur un agoniste de la dopamine comme la bromocriptine ou la cabergoline à longue durée d'action, qui réduisent les taux de prolactine. La cabergoline est le traitement de prédilection car elle est mieux tolérée (a une fréquence plus faible d'effets indésirables) et plus puissante que la bromocriptine. Les femmes adultes qui essaient de concevoir doivent cesser d'utiliser la cabergoline ou la bromocriptine au moment d'un résultat positif au test de grossesse.

Bien que la thérapie médicale ait été envisagée comme le traitement initial de choix des microadénomes pendant des décennies, il existe des preuves en faveur du traitement chirurgical comme traitement de première ligne chez des patients sélectionnés atteints de microadénomes ou de macroadénomes non invasifs et encapsulés. Cette approche, réalisée par un neurochirurgien expérimenté, offre l'avantage d'un traitement unique et rentable avec de fortes chances de rémission, évitant ainsi une thérapie médicale à long terme.

Le quinagolide, un agoniste de la dopamine non dérivé de l'ergot, est également une option dans l'hyperprolactinémie. Il est débuté à 25 mcg par voie orale 1 fois/jour et titré sur 7 jours jusqu'à la dose d'entretien habituelle de 75 mcg 1 fois/jour (on peut augmenter chaque semaine par incréments de 75 à 150 mcg jusqu'à une dose maximale de 600 mcg 1 fois/jour). Le quinagolide ne doit pas être utilisé par les femmes adultes qui envisagent une grossesse.

Les patients présentant un hypogonadisme concomitant chez lesquels on décide de ne pas utiliser la thérapie agoniste de la dopamine peuvent être traités par des œstrogènes (avec ou sans progestatifs, comme indiqué) ou la testostérone. Les femmes adultes qui ont un microadénome et qui sont cliniquement hypo-œstrogéniques ou qui ont des taux bas d'œstradiol, peuvent recevoir des œstrogènes exogènes. Les œstrogènes exogènes sont peu susceptibles de causer une extension tumorale.

Macroadénomes

Les patients qui ont des macroadénomes doivent généralement être traités initialement par des agonistes de la dopamine, même en cas de grosses tumeurs envahissant et comprimant le chiasma optique. Les agonistes de la dopamine réduisent habituellement la taille d'une tumeur sécrétant de la prolactine. Les agonistes de la dopamine ne réduisent pas la taille d'une tumeur non fonctionnelle qui entraîne une compression de la tige pituitaire, bien que les taux de prolactine diminuent. Si les taux de prolactine baissent et que les symptômes et signes de compression par la tumeur s'atténuent, il se peut qu'aucun autre traitement ne soit nécessaire. Une fois la prolactine normalisée, une imagerie de surveillance peut être effectuée au besoin, selon le jugement clinique, car la croissance tumorale pendant le traitement est rare sans hyperprolactinémie récurrente.

Typiquement, les lésions non fonctionnelles, plus grandes, nécessitent un traitement supplémentaire, habituellement chirurgical. Bien que le traitement par agonistes de la dopamine doive habituellement être poursuivi à long terme, les tumeurs sécrétant de la prolactine entrent parfois en rémission, soit spontanément, soit peut-être à l'aide d'une pharmacothérapie. Par conséquent, il est parfois possible d'interrompre les agonistes de la dopamine sans récidive de la tumeur ni augmentation des taux de prolactine; la rémission est plus probable en cas de microadénomes que de macroadénomes. La rémission est également plus fréquente après une grossesse.

L'utilisation de fortes doses d'agonistes dopaminergiques, en particulier la cabergoline, pourrait occasionner des valvulopathies chez certains patients atteints de maladie de Parkinson. Les études qui ont évalué des doses faibles d'agonistes de la dopamine utilisés dans l'hyperprolactinémie n'ont pas démontré de risque accru de cardiopathie valvulaire, mais la possibilité doit être discutée avec les patients et une surveillance échocardiographique doit être envisagée, en particulier lorsque des doses > 3 mg par semaine sont utilisées. Le risque pourrait être moins important avec la bromocriptine. Les agonistes dopaminergiques selon les dosages utilisés pour l'hyperprolactinémie provoquent aussi parfois des changements comportementaux et psychiatriques caractérisés par une augmentation de l'impulsivité et occasionnellement une psychose, ce qui limite leur utilisation chez certains patients.

Dans le cas des patients qui ont des macroadénomes, la chirurgie est un traitement de deuxième ligne. Elle est généralement envisagée chez les patients dont la tumeur est résistante aux agonistes de la dopamine ou chez les patients intolérants au traitement médical. Il peut y avoir un bénéfice à la réduction des doses d'agoniste dopaminergique après une chirurgie de réduction tumorale.

La radiothérapie ne doit être utilisée que chez les patients atteints de maladie évolutive qui ne répondent pas aux autres formes de traitement. Avec l'irradiation, un hypopituitarisme se développe souvent plusieurs années après le traitement. La surveillance de la fonction endocrinienne et l'imagerie sellaire sont indiquées chaque année à vie.

Traiter les femmes enceintes

Les femmes adultes doivent arrêter les agonistes dopaminergiques (cabergoline ou bromocriptine) au moment d'un test de grossesse positif, car la réduction des taux de prolactine n'est plus nécessaire et il existe peu de risque de croissance tumorale cliniquement significative. L'arrêt des médicaments permet aux taux de prolactine d'augmenter naturellement pendant la grossesse. Cependant, si la tumeur est invasive ou contiguë au chiasma optique, il peut être prudent de poursuivre le traitement par un agoniste dopaminergique pendant toute la grossesse. Pendant la grossesse, environ 30% des macroadénomes augmentent de volume; et le tissu hypophysaire normal se dilate. Si les patientes ont des signes cliniques d'expansion tumorale (céphalées et/ou perte du champ visuel) et que l'agrandissement est confirmé par l'IRM, le traitement par agoniste dopaminergique doit probablement être repris. Bien que les directives antérieures aient recommandé l'utilisation de la bromocriptine, les directives de consensus plus récentes de la Pituitary Society (1) préconisent l'utilisation de la cabergoline, particulièrement si elle était utilisée avant la grossesse; il n'y a aucune preuve d'effets indésirables sur le fœtus ou la mère.

Référence pour le traitement

  1. 1. Petersenn S, Fleseriu M, Casanueva FF, et al. Diagnosis and management of prolactin-secreting pituitary adenomas: a Pituitary Society international Consensus Statement [published correction appears in Nat Rev Endocrinol. 2024 Jan;20(1):62. doi: 10.1038/s41574-023-00916-2]. Nat Rev Endocrinol. 2023;19(12):722-740. doi:10.1038/s41574-023-00886-5

Points clés

  • La galactorrhée est le signe le plus fréquent d'un prolactinome.

  • La cause la plus fréquente de galactorrhée est un adénome hypophysaire, mais de nombreux médicaments, troubles endocriniens, hypothalamiques ou autres, peuvent être en cause.

  • Mesurer les taux de prolactine et faire une imagerie du système nerveux central pour détecter une tumeur causale.

  • Pour les microprolactinomes, administrer un agoniste de la dopamine en cas de symptômes gênants.

  • Dans le cas des macroadénomes, administrer un agoniste de la dopamine et envisager une ablation chirurgicale ou parfois une radiothérapie lorsque les médicaments ne permettent pas d'atteindre les objectifs du traitement.

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