Analyse économique des décisions cliniques

Examen complet: avr. 2026 ParBrian F. Mandell, MD, PhD, Cleveland Clinic Lerner College of Medicine at Case Western Reserve University | Examen par des pairs réalisé parMichael R. Wasserman, MD, California Association of Long Term Care Medicine (CALTCM)
Dernière mise à jour: avr. 2026
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Du fait des ressources sociétales et personnelles limitées et des contraintes des assurances de santé, les considérations concernant les coûts sont devenues plus pertinentes dans le processus décisionnel clinique. Les ressources limitées ne doivent pas être gaspillées; leur allocation dépend de la compréhension des divers coûts et des résultats découlant des stratégies de soin.

Coûts de la prise de décision clinique

Les éléments pris en compte dans l'analyse des coûts sont déterminés par la perspective de l'analyse. Des perspectives différentes conduisent souvent à des conclusions différentes en fonction des coûts et des résultats envisagés.

  • Les prestataires (p. ex., professionnels de santé, établissements de soins) ne prennent généralement en compte que les coûts de leur organisation (p. ex., personnel, fournitures, frais généraux).

  • Les payeurs (p. ex., compagnies d'assurances, sécurité sociale) ne prennent en compte que les remboursements qu'ils ont à faire.

  • Les patients prennent en compte leurs dépenses payées avec des fonds propres (p. ex., prix de l'assurance, franchises, frais de transports, de stationnement) et les revenus perdus (pour eux et leur famille).

D'un point de vue sociétal, tous ces coûts sont pris en compte ainsi que les coûts des pertes de productivité et les coûts de traitement d'autres maladies (iatrogènes et naturelles) qui peuvent se développer chez les patients qui guérissent de la maladie traitée. Par exemple, un jeune homme guéri d'un lymphome pourrait développer une leucémie ou une coronaropathie plusieurs années plus tard. L'analyse des coûts d'un programme de dépistage doit comprendre les frais des résultats faussement positifs, qui, dans le cas d'un test de dépistage d'une maladie à faible prévalence, dépassent souvent les coûts du bilan et du traitement des patients qui ont réellement la maladie.

Coût marginal

Le coût marginal est le coût de la prestation (ou de la non-prestation) d'une unité supplémentaire de service. Ce coût est souvent l'un des plus pertinents pour la prise de décision médicale d'un clinicien et est généralement assez différent du coût global alloué à ce service. Par exemple, un hôpital peut avoir déterminé que 50 $ est le coût d'un examen donné. Cependant, un protocole clinique destiné à mieux identifier les patients nécessitant ce test, qui pourrait éliminer une répétition quotidienne (sans modification des résultats), ne permettrait pas à l'hôpital d'économiser 50 $ parce que les frais généraux de personnel et d'équipement déjà sur place resteraient inchangés; seuls les frais de tout " équipement " spécifiquement requis seraient éliminés. Par conséquent, l'économie de coût marginal réel pour l'hôpital de l'élimination d'un seul ensemble de tests sanguins est essentiellement le coût des tubes et bandages non utilisés. Noter que le coût marginal varie avec le volume de manière discrète; omettre ou ajouter un plus grand nombre d'examens sanguins pourrait à un moment donné imposer un changement du personnel de phlébotomie requis. De plus, le coût marginal est différent pour les payeurs et les patients; éviter un test sanguin permettrait aux payeurs d'économiser la totalité du montant qu'ils remboursent généralement pour ce test, un chiffre bien supérieur au coût marginal de l'hôpital. Les patients économiseraient le coût de leur quote-part, le cas échéant.

Résultats

L'efficacité des soins médicaux est mesurée par les modifications des résultats. Les résultats peuvent être

  • Orientés sur le patient

  • Orientés sur les processus

  • Orientés sur la maladie

Les résultats orientés vers le patient peuvent être réduits à l'un des suivants:

  • Décès

  • Handicap

  • Inconfort (physique ou émotionnel)

Les résultats orientés sur le patient sont sans aucun doute les plus importants.

Les améliorations des processus (p. ex., réduire le temps avant l'administration d'antibiotiques ou avant l'entrée en salle d'opération) ou l'amélioration des manifestations de la maladie (p. ex., diminution de la taille de la tumeur, amélioration de la saturation en O2) qui ne réduisent pas la mortalité, le handicap ou l'inconfort peuvent difficilement être considérées comme bénéfiques pour le patient. Par exemple, la lidocaïne était autrefois administrée systématiquement aux patients qui présentaient un infarctus du myocarde parce qu'elle était connue pour réduire l'incidence de la fibrillation ventriculaire (amélioration du pronostic de la maladie). Le traitement par la lidocaïne a été utilisé pendant plusieurs années avant que des études ne montrent qu'elle ne diminuait pas la mortalité (pas de modification du pronostic des patients), et la pratique a donc été arrêtée.

Années de vie pondérées par la qualité (Quality-adjusted life year [QALY])

Le changement de mortalité brute est la façon la plus habituelle d'évaluer l'effet sur les décès. Dans des analyses plus complexes, les décès et les handicaps sont souvent évalués en association avec le nombre d'années de vie ajustée sur sa qualité (QALY); un traitement qui aboutit à une année de vie supplémentaire à 100% de fonctionnement normal est crédité de 1 QALY; un traitement qui se traduit par une année supplémentaire de vie à seulement 75% de fonctionnement est crédité de 0,75 QALY.

Le QALY est plus difficile à appliquer à l'inconfort, mais certains pensent qu'il peut être estimé par la méthode de compromis de temps: une personne estime combien d'années de malaise seraient acceptables versus une période plus courte de santé parfaite. Par exemple, si une personne préfère 9 ans de santé à 10 ans de douleur chronique (mais préfère 10 ans de douleur à seulement 8 ans de vie), alors chaque année de vie avec cette douleur particulière est créditée de 9/10 = 0,9 QALY. Toutes les estimations QALY sont quelque peu problématiques parce que la tolérance au risque et l'acceptation des différentes issues sont très variables selon les individus.

Nombre nécessaire pour traiter

Le nombre nécessaire pour traiter ou nuire est une autre façon de quantifier les résultats des patients; le nombre nécessaire pour traiter est l'inverse de la variation absolue d'un résultat dichotomique (mort, handicap). Ainsi, si un médicament provoque une diminution nette de 3% de la mortalité, 1/0,03 = 33,3 patients doivent être traités pour éviter 1 mort.

Le nombre nécessaire à nuire est similaire. Ainsi, pour un médicament qui provoque une leucopénie chez 8% des patients, 1/0,08 ou 12,5 doivent être traités pour nuire à 1 personne. Formulé autrement, 1 sujet subit des effets délétères pour 12,5 sujets traités.

La pertinence du nombre nécessaire pour traiter est plus claire lorsque l'on compare la mortalité aux effets indésirables bénins d'un traitement. Cela devient plus flou si on compare la réduction d'une morbidité en particulier à un effet indésirable plus grave. Du point de vue du médecin, cependant, ce peut être un outil très utile pour expliquer le ratio risque/bénéfice d'un traitement au patient.

Puisque le nombre nécessaire pour traiter est calculé à partir du changement absolu, par opposition au changement relatif, il est plus cliniquement pertinent dans le cas d'un patient donné. Par exemple, un traitement qui a réduit la mortalité de 2% à 1% réduit la mortalité relative d'un impressionnant 50%, mais la mortalité absolue est diminuée de seulement 1%. Ceci est facile à voir lorsqu'il est représenté par un nombre nécessaire pour traiter de 1/0,01 = 100 patients traités pour éviter un décès. Le concept de changement relatif est plus pertinent pour le test des hypothèses (preuve de concept qu'une thérapie a une efficacité) que pour un patient donné.

Résultat cliniquement versus statistiquement significatif

Même lorsque des mesures de résultats appropriées sont utilisées et analysées correctement, il est extrêmement important de noter qu'un résultat statistiquement significatif dans une étude clinique (c'est-à-dire avec une excellente valeur de p) n'est pas nécessairement cliniquement significatif pour un patient donné. La signification statistique dépend dans une large mesure de la taille de l'échantillon; avec un échantillon suffisamment grand, une différence minime sans importance clinique pour un patient (p. ex., une réduction de la durée des symptômes d'infection des voies respiratoires supérieures de 7 à 6,5 jours) pourrait être statistiquement significative. L'importance de la différence entre 2 groupes dans une étude clinique est appelée la taille de l'effet; comme dans l'exemple ci-dessus, la taille d'un effet peut être petite, mais rester très statistiquement significative. La méconnaissance des différences entre effet absolu et relatif et entre signification clinique et statistique est une cause fréquente de confusion chez les patients qui recherchent des informations sur les traitements en ligne, interprètent des publicités pharmaceutiques et naviguent sur les réseaux sociaux.

Analyse coûts-bénéfices dans la prise de décision clinique

L'analyse simple des conséquences économiques des résultats (analyse coût-bénéfice) dépend des hypothèses sur la valeur monétaire perçue de la prolongation d'une vie et d'une amélioration de la santé. De telles hypothèses sont souvent discutables et rarement évidentes. De plus, bien que de telles analyses puissent déterminer si une stratégie donnée économise les ressources ou impose une dépense nette des ressources, elles n'indiquent pas si les dépenses sont utiles.

Les analyses coût-efficacité étudient séparément les coûts financiers des soins et les résultats sanitaires. Ces 2 mesures de résultats peuvent être fortement influencées par la perspective et la durée de l'analyse et par les hypothèses sous-jacentes. La comparaison entre les coûts et les résultats de santé de 2 stratégies de prise en charge résulte en 1 de 9 appariements (voir tableau ). Lorsque les résultats de santé sont équivalents (colonne centrale), le choix doit être fondé sur le coût; lorsque les coûts sont équivalents (rangée centrale), le choix doit être basé sur les résultats. Quand une stratégie a de meilleurs résultats et des coûts inférieurs (cases en haut à droite et en bas à gauche), le choix est évident. La décision n'est difficile que si la stratégie la plus coûteuse correspond également à de meilleurs résultats (cases en haut à gauche et en bas à droite); dans ce cas, le ratio coût-efficacité marginal doit être déterminé.

Tableau
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Ratio coût-efficacité marginal

Le ratio coût-efficacité marginal est le coût additionnel d'une stratégie divisé par le bénéfice additionnel en termes de santé qu'elle permet d'obtenir et s'applique donc à la situation dans laquelle il existe un choix entre 2 stratégies de prise en charge efficaces. Une amélioration supérieure de la santé pour une dépense donnée est obtenue lorsque le ratio est inférieur.

La mesure la plus habituelle de l'efficacité d'une analyse de stratégie est le QALY, en prenant comme unité le ratio coût/efficacité marginal correspondant « à l'argent additionnel dépensé par année de vie gagnée ajustée pour la qualité de vie ». Cependant, le ratio marginal coût/efficacité a été l'objet de critiques, car des patients âgés ou atteints de comorbidités qui réduisent la durée de vie ont un gain potentiel de survie plus faible suite à un traitement et ont donc un ratio coût/efficacité plus élevé (moins avantageux).

Par exemple (voir tableau , Analyse 1), comparer aucun traitement antiarythmique versus l'utilisation prophylactique d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) chez les patients qui ont survécu plusieurs mois après un infarctus du myocarde antérieur et qui ont une fraction d'éjection modérément déprimée (entre 0,3 et 0,4). (Tous les chiffres et les coûts de cet exemple sont hypothétiques et seulement à des fins d'illustration.) Les deux stratégies ont des coûts de référence similaires en ce qui concerne les soins habituels (78 300 $), mais le défibrillateur automatique implantable (DAI) a un coût supplémentaire (marginal) de 53 100 $, qui correspond au coût du dispositif et des honoraires professionnels, de l'hospitalisation initiale et du suivi (dont les consultations médicales supplémentaires, les examens de laboratoire, les médicaments, les ré-hospitalisations pour complications liées au DAI et au remplacement des piles du DAI ou de ses électrodes). Si les patients qui ont un défibrillateur automatique implantable (DAI) ont une espérance de vie légèrement augmentée (7,87 versus 7,42 QALY), l'efficacité marginale du traitement par défibrillateur automatique implantable (DAI) est 7,87 7,42 = 0,45 QALY. Ainsi, le défibrillateur automatique implantable (DAI) prophylactique améliore la survie comparativement à aucun traitement antiarythmique pour un coût de 53 100 $/0,45 QALY ou 118 000 $/QALY.

Supposons à présent qu'un 3e traitement, l'amiodarone prophylactique, soit disponible. Ce traitement est moins cher mais également moins efficace que l'implantation d'un défibrillateur automatique implantable (DAI). L'effet de l'ajout de cette 3e stratégie intermédiaire est remarquable car les ratios coût-efficacité marginaux sont calculés séquentiellement en cas de stratégies multiples (voir tableau , Analyse 2). Le ratio coût/efficacité marginal de l'amiodarone est inférieur (68 519 $/QALY gagné) à celui du défibrillateur automatique implantable (DAI) calculé dans l'exemple précédent; par ailleurs, l'efficacité d'un DAI étant à présent comparée à celle de l'amiodarone, plutôt qu'à aucun traitement, l'ajout de cette stratégie de coût intermédiaire à efficacité partielle augmente le ratio coût-efficacité marginal du DAI de 118 000 $ à 192 222 $/QALY gagné. Cette analyse suggère qu'une tentative doit être faite pour identifier les sous-populations susceptibles de tirer le plus grand bénéfice d'un traitement coûteux tel qu'un défibrillateur automatique implantable (DAI).

Tableau
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