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Infection à Taenia solium et cysticercose (ténia du porc)

Par

Richard D. Pearson

, MD, University of Virginia School of Medicine

Dernière révision totale mars 2020| Dernière modification du contenu mars 2020
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L'infestation par Taenia solium (téniasis/téniase) est une infestation intestinale due à des vers adultes, le ténia, suite à l'ingestion de viande de porc contaminée. La cysticercose est une infestation due à des larves de T. solium, qui se développe après ingestion des œufs présents dans les selles humaines. Les vers adultes peuvent entraîner des symptômes gastro-intestinaux modérés ou l'excrétion de segments mobiles dans les selles. La cysticercose est habituellement asymptomatique, sauf si les larves envahissent le système nerveux central, provoquant une neurocysticercose ce qui peut déclencher des convulsions et différents autres symptômes neurologiques. La neurocysticercose peut être diagnostiquée sur l'imagerie cérébrale. Moins de la moitié des patients présentant une neurocysticercose hébergent le ver adulte de T. solium dans leurs intestins et donc éliminent des œufs ou des proglottides dans leurs selles. Les vers adultes peuvent être éliminés avec du praziquantel. Le traitement de la neurocysticercose symptomatique est compliqué; il comprend les corticostéroïdes, des antiépileptiques et, dans certaines situations, de l'albendazole ou du praziquantel. La chirurgie peut être nécessaire.

La présentation, le diagnostic et la prise en charge de l'infestation intestinale due au ténia adulte T. solium sont similaires à ceux de l'infestation par T. saginata (Ténia du bœuf). T. solium adultes vont de 2 à 8 mètres.

L'homme peut cependant devenir également un hôte intermédiaire pour les larves de T. solium s'il ingère des œufs de T. solium éliminés avec les selles humaines ( Cycle vital de Taenia solium). Certains experts partent du postulat que si un ténia adulte se trouve dans l'intestin, des proglottides gravides (segments de ténia) pourraient remonter de l'intestin vers l'estomac, où les oncosphères (formes immatures du parasite contenu dans l'embryon) peuvent éclore et migrer dans le tissu sous-cutané, le muscle, les viscères et le système nerveux central.

Les ténias adultes peuvent séjourner dans l'intestin grêle pendant des années. Ils peuvent mesurer de 2 à 7 m de long et produire jusqu'à 1000 proglottides; chacun contenant environ 50 000 œufs.

Cycle vital de Taenia solium

L'homme développe une infestation due aux vers adultes après ingestion de viande de porc contaminée ou peut développer une cysticercose après ingestion d'œufs de T. solium (ce qui font d'eux des hôtes intermédiaires).

  • 1. L'homme ingère de la viande de porc crue ou insuffisamment cuite contenant des cysticerques (les larves).

  • 2. Après l'ingestion, les kystes s'évaginent et s'attachent à l'intestin grêle par leur scolex et deviennent des vers adultes en 2 mois.

  • 3. Les ténias adultes produisent des proglottides, qui deviennent gravides; ils se détachent du ténia et migrent vers l'anus.

  • 4. Les proglottides libres et/ou les œufs sont éliminés par l'hôte final (humain) avec les selles.

  • 5. Les porcs ou les humains s'infestent en ingérant des œufs embryonnés ou des proglottides gravides (p. ex., dans des aliments contaminés par des matières fécales). Une auto-infestation peut survenir chez l'être humain si les proglottides migrent de l'intestin vers l'estomac par anti-péristaltisme.

  • 6. Après leur ingestion, les œufs éclosent dans l'intestin et libèrent des oncosphères, qui pénètrent dans la paroi intestinale.

  • 7. Les oncosphères migrent par la circulation sanguine vers les muscles striés et le cerveau, le foie et d'autres organes, où ils deviennent des cysticerques. Une cysticercose peut se développer.

Cycle vital de  <i>Taenia solium</i>

La taeniase et la cysticercose sont présents dans le monde entier. La cysticercose est fréquente et la neurocysticercose est une cause majeure de trouble convulsif en Amérique latine, en Afrique, en Asie. La cysticercose est rare dans les pays musulmans. Aux États-Unis, l'infection est le plus souvent observée chez les immigrés, mais elle a été observée chez des nord-américains qui n'ont pas voyagé à l'étranger mais ont été infectés par l'ingestion d'œufs provenant d'immigrants porteurs de T. solium adultes.T. solium.

Rarement, un Taenia spp zoonotique autre que T. solium provoque la neurocysticercose.

Symptomatologie

Infection intestinale

Les humains infestés par un ver adulte de T. solium sont asymptomatiques ou ne présentent que des troubles gastro-intestinaux modérés. Ils peuvent voir des proglottides dans leurs selles.

Cysticercose

Les cysticerques viables (forme larvaire) n'entraînent dans la plupart des organes que peu ou pas de réaction tissulaire, mais les kystes mourants dans le système nerveux central, l'œil ou la moelle épinière peuvent libérer des antigènes qui déclenchent une réponse tissulaire intense. Les symptômes apparaissent ainsi souvent des années après l'infestation.

L'infestation du cerveau (neurocysticercose) peut entraîner des symptômes sévères, résultant d'un effet de masse et de l'inflammation induite par la dégénérescence des cysticerques et la libération d'Ag.

En fonction de l'emplacement et du nombre de cysticerques, les patients qui ont une neurocysticercose peuvent présenter des convulsions, des signes d'hypertension intracrânienne, une hydrocéphalie, des signes neurologiques focaux, une confusion mentale ou une méningite aseptique.

Les cysticerques peuvent également infester la moelle épinière, les muscles, les tissus sous-cutanés et les yeux.

Une immunité acquise solide se développe après une infestation larvaire.

Diagnostic

  • Examen microscopique des selles pour recherche d'œufs et de proglottides

  • TDM et/ou IRM et tests sérologiques des patients présentant des symptômes système nerveux central

(Voir aussi guidelines for diagnosis and treatment of neurocysticercosis from the Infectious Diseases Society of America [IDSA] and the American Society of Tropical Medicine and Hygiene (ASTMH).)

L'infestation intestinale par des vers adultes T. solium est généralement diagnostiquée par l'examen microscopique des échantillons de selles et par l'identification des œufs et/ou des proglottides. Cependant, les œufs sont indiscernables de ceux de T. saginata et de T. asiatica. Les œufs de T. solium sont présents dans 50% des prélèvements de selles des patients souffrant de cysticercose.

La neurocysticercose est habituellement diagnostiquée par la TDM ou l'IRM lors du bilan des symptômes neurologiques. La TDM peut montrer des nodules solides, des cysticerques, des kystes calcifiés, des lésions en anneaux qui prennent le contraste ou une hydrocéphalie. L'immunoblot du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) (sur le sérum) est hautement spécifique et plus sensible que d'autres tests immunoenzymatiques (en particulier lorsque > 2 lésions du système nerveux central sont présentes; la sensibilité est moindre lorsqu'il n'y a qu'un seul kyste).

Pièges à éviter

  • Les œufs de T. solium sont présents dans 50% des prélèvements de selles des patients souffrant de cysticercose.

Traitement

  • Pour les infections intestinales (sans neurocysticercose): praziquantel ou niclosamide (en dehors des États-Unis)

  • Concernant la neurocysticercose: corticostéroïdes, anticonvulsivants, et parfois albendazole ou praziquantel et/ou chirurgie

Traitement de l'infection intestinale

L'infestation intestinale est traitée par une prise unique de praziquantel 5 à 10 mg/kg par voie orale, suffisante pour éliminer les vers adultes. Le praziquantel doit être utilisé avec prudence chez les patients qui ont également une neurocysticercose (y compris une maladie précédemment asymptomatique ou non reconnue) parce qu'en tuant les kystes, le praziquantel peut déclencher une réponse inflammatoire associée à des convulsions ou d'autres symptômes.

Une alternative à ce traitement consiste en l'administration d'une seule dose de 2 g de niclosamide (non disponible aux États-Unis) soit 4 comprimés (500 mg chacun) qui sont mâchés un à un et avalés avec une petite quantité d'eau. Chez les enfants, la dose est de 50 mg/kg (maximum 2 g) 1 fois.

Traitement de la neurocysticercose

Le traitement de la neurocysticercose est compliqué. Des recommendations cliniques détaillées sur Diagnosis and Treatment of Neurocysticercosis ont été publiées par the Infectious Diseases Society of America and the American Society of Tropical Medicine and Hygiene en 2018.

Les objectifs initiaux du traitement de la neurocysticercose symptomatique sont de

  • Réduire l'inflammation associée aux cysticerques dégénérescents documentée par IRM

  • Prévenir les convulsions le cas échéant ou en cas de risque élevé

  • Soulager l'hypertension intracrânienne le cas échéant

Les corticostéroïdes (prednisone jusqu'à 60 mg par voie orale 1 fois/jour ou la dexaméthasone 12 à 24 mg par voie orale 1 fois/jour) sont utilisés pour réduire l'inflammation et l'hypertension intracrânienne. Les receveurs d'une corticothérapie prolongée doivent être évalués à la recherche d'une tuberculose latente concomitante et d'une strongyloïdose.

Des anticonvulsivants classiques sont administrés aux patients qui ont des crises. Ces médicaments peuvent être utilisés en prophylaxie chez les patients à risque élevé de convulsions, en particulier ceux qui présentent de multiples lésions dégénératives avec inflammation associée.

Une intervention neurochirurgicale peut être nécessaire en cas d'augmentation de la pression intracrânienne ou de cysticerques intraventriculaires.

Le traitement antihelminthique de la neurocysticercose est complexe, et la consultation d'un expert est recommandée. Le choix du traitement dépend de la localisation, du nombre, de la viabilité et du stade des cysticerques; du stade de la maladie; et des manifestations cliniques. Avant le traitement anthelminthique, un examen ophtalmologique doit être effectué pour exclure la présence de cysticerques oculaires.

Tous les patients ne réagissent pas d'une façon homogène à la thérapie et ils ne nécessitent pas tous un traitement (les kystes peuvent être déjà morts et calcifiés ou la réponse inflammatoire potentielle au traitement pourrait aggraver l'évolution de la maladie) comme dans l'encéphalite kystique si les patients ont un grand nombre de kystes et une inflammation cérébrale étendue).

En tant que traitement vermifuge, l'albendazole 7,5 mg/kg par voie orale 2 fois/jour pendant 15 jours semble plus efficace que l'alternative, le praziquantel 16,6 mg/kg 3 fois/jour par voie orale pendant 15 jours. L'association albendazole plus praziquantel a été rapportée entraîner un taux de résolution radiographique plus élevé que l'albendazole seul chez les patients qui ont plus de 2 kystes parenchymateux. L'albendazole seul ou en association avec le praziquantel administré pendant ≥ 30 jours a été utilisé pour traiter les kystes de l'espace sous-arachnoïdien (cysticercose «racémeuse»), qui sont moins sensibles aux médicaments anthelminthiques. Les patients recevant un traitement prolongé à haute dose par l'albendazole doivent être surveillés en suspectant une suppression de la moelle osseuse et une hépatite médicamenteuse. La neuro-imagerie est répétée à 6 mois d'intervalle jusqu'à ce que les signes soient résolus.

La prednisone ou la dexaméthasone est démarrée quelques jours avant et poursuivie au cours de l'administration anthelminthique pour réduire l'inflammation qui se produit en réponse à la mort des kystes dans le cerveau. Les corticoïdes augmentent la concentration du métabolite actif de l'albendazole dans le LCR, mais ils diminuent la concentration du praziquantel dans le LCR. Le méthotrexate a été utilisé comme agent épargneur des corticostéroïdes chez les patients nécessitant plus de 2 semaines de traitement anti-inflammatoire.

Ni l'albendazole ni le praziquantel ne doivent être utilisés en cas de cysticerques oculaires ou de la moelle épinière en raison des effets indésirables potentiels de la réponse inflammatoire provoquée par la mort des kystes.

La présence de cysticerques intraventriculaires est aussi une contre-indication relative aux médicaments anthelminthiques car l'inflammation qui se produit en réponse à la mort des kystes peut provoquer une hydrocéphalie obstructive.

La chirurgie peut être nécessaire en cas d'hydrocéphalie obstructive (due à des cysticerques intraventriculaires dont ceux dans le 4e ventricule) ou de cysticercose vertébrale ou oculaire. Les cysticerques intraventriculaires sont enlevés par voie endoscopique lorsque cela est possible. Les shunts ventriculaires peuvent être nécessaires pour réduire l'augmentation de la pression intracrânienne.

Prévention

L'infection intestinale par T. solium peut être prévenue en cuisant des morceaux de porc entiers à une température ≥ 63° C mesurée à l'aide d'un thermomètre pour aliments placé dans la partie la plus épaisse de la viande, puis en laissant la viande reposer pendant 3 minutes avant de la découper ou de la consommer. Le porc haché doit être cuit à une température ≥ 71° C. Le porc haché ne nécessite pas de période de repos.

L'identification et le traitement des porteurs T. solium adultes est une mesure de santé publique importante de prévention de la cysticercose. Aux États-Unis, une transmission s'est produite lorsque les sujets qui s'étaient infectés dans des zones endémiques et portaient un T. solium adulte dans leur intestin ont contaminé des aliments avec leurs selles. Il est très important que les manipulateurs de nourriture dans les zones d'endémie soient formés et respectent les bonnes pratiques de lavage des mains.

Lors d'un voyage en régions endémiques de manque d'hygiène, il faut éviter les aliments susceptibles d'être contaminés par des matières fécales humaines et éviter le porc cru et mal cuit.

Points clés

  • L'ingestion de kystes de T. solium peut causer une infection intestinale; l'ingestion d'œufs peut entraîner la formation de kystes tissulaires (cysticercose), qui sont particulièrement problématiques lorsqu'ils se forment dans le cerveau.

  • En cas de neurocysticercose, les patients peuvent présenter des convulsions, des signes d'hypertension intracrânienne, une altération de l'état mental, des signes neurologiques focaux ou une méningite aseptique.

  • Diagnostiquer l'infection intestinale par des vers adultes en identifiant les proglottides dans les selles et en examinant au microscope des selles à la recherche d'œufs.

  • Diagnostiquer la neurocysticercose par neuro-imagerie et des tests sérologiques.

  • Administrer du praziquantel pour l'infection intestinale.

  • Consulter un expert de la neurocysticercose; typiquement des corticostéroïdes et des anticonvulsivants sont administrés en cas de convulsions ou si on pense que les patients sont à haut risque de convulsions.

  • L'utilisation des anthelminthiques et/ou de la chirurgie en cas de neurocycticercose dépend de la localisation, du nombre et du stade des cysticerques; du stade de la maladie; et des manifestations cliniques.

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